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	<title> :: Le colporteur du nord Mayenne ::</title>
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	<description>Le Colporteur est n&#233; une premi&#232;re fois &#224; Villaines-la-Juhel, &#224; l'aube des ann&#233;es 2000. C'&#233;tait alors un &#171; pr&#233;matur&#233; &#187; qui n'a pas v&#233;ritablement trouv&#233; sa place dans le vaste monde des messageries virtuelles. Il m'a sembl&#233;, par la suite, qu'une renaissance n'avait pas lieu d'&#234;tre mais les liens de l'amiti&#233;, ceux de la filiation aussi, m'ont persuad&#233; de le remettre sur les routes du net. J'ai gard&#233; le titre initial ; j'aime bien cette id&#233;e de colportage (de livres, &#233;videmment) dans les endroits les plus recul&#233;s, les plus incertains.D.Pennac &#233;voquant le r&#244;le de diffuseurs des libraires et des biblioth&#233;caires parle lui de &#171; passeurs &#187;. Apr&#232;s quelques mois d'une nouvelle existence, j'ai le sentiment que le &#171; Colporteur &#187; a commenc&#233; &#224; remplir sa mission de passeur&#8230;</description>
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		<title>J.F. BISSY (1756-1831)</title>
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		<description>De Jacques-Fran&#231;ois Bissy, point de portrait. On ignore ce qu'il &#233;tait au physique, quant aux jugements formul&#233;s sur sa personnalit&#233;, ils ne l'ont &#233;t&#233; que bien longtemps apr&#232;s sa mort par des historiens qui sont g&#233;n&#233;ralement loin d'embrasser les id&#233;es du conventionnel. Le seul qui l'ait v&#233;ritablement connu, dont on conserve sinon une appr&#233;ciation, au moins un sentiment, est Michel-Ren&#233; Maupetit [1] qui se trouve &#234;tre d&#233;put&#233; aux Etats-G&#233;n&#233;raux lorsqu'il &#233;crit (6 (...)

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&lt;a href="http://colporteur.mathien.net/spip.php?rubrique14" rel="directory"&gt;Une vie mouvement&#233;e&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_71 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt; &lt;a href=&quot;http://colporteur.mathien.net/IMG/jpg_BISSY_009.jpg&quot; title=&quot;JPEG - 57.5 ko&quot;&gt; &lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L300xH225/jpg_BISSY_009-a4152.jpg&quot; width='300' height='225' alt=&quot;JPEG - 57.5 ko&quot; style='height:225px;width:300px;' /&gt; &lt;/a&gt; &lt;/span&gt;De &lt;strong&gt;Jacques-Fran&#231;ois Bissy&lt;/strong&gt;, point de portrait. On ignore ce qu'il &#233;tait au physique, quant aux jugements formul&#233;s sur sa personnalit&#233;, ils ne l'ont &#233;t&#233; que bien longtemps apr&#232;s sa mort par des historiens qui sont g&#233;n&#233;ralement loin d'embrasser les id&#233;es du conventionnel. Le seul qui l'ait v&#233;ritablement connu, dont on conserve sinon une appr&#233;ciation, au moins un sentiment, est &lt;strong&gt;Michel-Ren&#233; Maupetit&lt;/strong&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='MAUPETIT, Michel-Ren&#233; (1742-1831) : Le peintre David le repr&#233;sente en (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;] qui se trouve &#234;tre d&#233;put&#233; aux Etats-G&#233;n&#233;raux lorsqu'il &#233;crit (6 nov 1790) : &lt;i&gt;&#171; &#8230;quant &#224; M.Bissy, votre voisin et locataire, sans doute ou qu'il est absent, ou qu'il voit d'un mauvais &#339;il ma nomination. Je n'en ai re&#231;u aucune r&#233;ponse. Je sais toutefois qu'il peut-&#234;tre occup&#233; ailleurs. Si je vous en parle, ce n'est pas pour avoir une lettre, mais par regret de ne pouvoir compter sur ce qui peut seul faire trouver de l'agr&#233;ment dans des fonctions communes, l'accord entre les membres qui la forment. Je vous prie toutefois de ne lui en rien dire&#8230; Tant pis pour M.Bissy s'il se refuse &#224; former cette union. Il se prive &#224; mon gr&#233; du premier soulagement de son nouvel &#233;tat&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans l'article que l'abb&#233; Angot consacre &#224; Bissy les qualificatifs dont l'eccl&#233;siastique use &#224; l'&#233;gard du r&#233;volutionnaire sont, sans surprise, peu flatteurs pour ce dernier ; l'ambition, un fanatisme odieux, l'absence totale de scrupule seraient, selon l'abb&#233;, les moteurs essentiels de l'activit&#233; de Bissy. La peur et son suivisme, les raisons pour lesquelles il aurait travers&#233; sans encombre les &#233;purations successives au sein du corps l&#233;gislatif. La biblioth&#232;que de Jacques Fran&#231;ois Bissy, les manuscrits qui nous sont parvenus, nous laissent &#224; penser qu'il &#233;tait pour le moins pourvu d'une grande qualit&#233; : la curiosit&#233; !&lt;/p&gt; &lt;p&gt; &lt;span class='spip_document_70 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt; &lt;a href=&quot;http://colporteur.mathien.net/IMG/jpg_BISSY_007.jpg&quot; title=&quot;JPEG - 40.1 ko&quot;&gt; &lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L225xH300/jpg_BISSY_007-77bfe.jpg&quot; width='225' height='300' alt=&quot;JPEG - 40.1 ko&quot; style='height:300px;width:225px;' /&gt; &lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;J.-F.Bissy est n&#233; &#224; Mayenne, baptis&#233; le 4 septembre 1756&lt;/strong&gt;. Il fait ses &#233;tudes au coll&#232;ge de Mayenne (1771-1774). Le souvenir de son passage dans cette institution lui fit d&#233;fendre aupr&#232;s de la Convention l'id&#233;e d'une implantation d'une &#233;cole centrale &#224; Mayenne plut&#244;t qu'&#224; Laval, avec toutefois cette nuance qui le faisait &#233;crire :..&quot;&lt;i&gt;faire mettre &#224; Mayenne l'&#233;tablissement d'instruction, afin que les pr&#234;tres n'influent plus sur l'&#233;ducation. Jusqu'&#224; ce jour, ils se sont empar&#233;s de notre enfance, de notre jeunesse et de tous les moments de notre vie. C'est une principale source des malheurs que la France a essuy&#233;s...&quot;&lt;/i&gt;. Il ne fut pas entendu. Laval, retenue chef-lieu du d&#233;partement, aura l'&#233;cole centrale, l'&#233;v&#234;ch&#233;,...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Selon Antoine de Baecque (Histoire culturelle de la France. T.3, Lumi&#232;res et libert&#233;s. p.90 et suiv.) &#171; dans la seconde moiti&#233; du 18e si&#232;cle, l'opinion publique se passionne pour la r&#233;forme de l'enseignement des coll&#232;ges&#8230;Non seulement l'enseignement des coll&#232;ges est mal appropri&#233;, &#233;levant le latin et la rh&#233;torique comme seules ressources face aux &#233;volutions du monde, mais, pire encore, les domaines propres &#224; l'enseignement religieux sont min&#233;s : les m&#339;urs et la d&#233;votion ne r&#233;sisteront pas &#224; la confrontation du si&#232;cle &#187;. &#171; D'o&#249; vient qu'au sortir des &#233;coles il est rare de trouver un homme qui sache narrer un fait, dicter une lettre, ou d&#233;lib&#233;rer sur une opinion. C'est qu'il n'a appris qu'&#224; faire des harangues ! &#187;, selon Caradeuc de Choletais cit&#233; par de Baecque.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La question de l'enseignement &#224; donner au peuple, celle plus pr&#233;cise du contenu et de la forme de l'enseignement agiteront longtemps encore les &#233;lites intellectuelles. La R&#233;volution s'emparera bien entendu de ces discussions mais curieusement on n'en trouve nulle trace dans la biblioth&#232;que de Bissy.
Dans sa biblioth&#232;que un livre conserv&#233; de cette p&#233;riode d&quot;humanit&#233;s&quot;, les &quot;Odes&quot; d'Horace. Bissy a 15 ans et de sa plume de coll&#233;gien il note sur les pages de garde : &quot;Bissy du faux bourg St Martin de Mayenne &#224; Mayenne&quot;...&quot;J.F.Bissy en segonde.1771&quot;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Du coll&#232;ge de Mayenne, Jacques Fran&#231;ois Bissy passe au s&#233;minaire du Mans (1774-1777), puis &#224; l'universit&#233; de Caen o&#249; il fait une ann&#233;e de th&#233;ologie (octobre 1777-1778) avant de changer compl&#232;tement d'orientation et de s'adonner au droit. Il est licenci&#233; en droit en 1780. &quot;Son examen final, &#233;crit Queruau-Lamerie*, portait sur le mariage et son indissolubilit&#233;&quot;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une douzaine d'ouvrages dans la biblioth&#232;que de Bissy traite de cette question du contrat de mariage (publications qui s'&#233;tagent entre 1709 et 1774). Quelle est la pertinence de ce travail &#224; l'&#233;poque o&#249; il est men&#233; par Bissy ? Inscrits sous la rubrique &quot;Jurisprudence&quot; dans le catalogue de 1810 &#233;tabli par Bissy lui-m&#234;me, ils seront rejoints par les publications r&#233;volutionnaires qui modifient en profondeur les divers codes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bissy est &#224; Paris en 1782 o&#249; il pr&#234;te serment d'avocat en Parlement. Il &quot; revint &#224; Mayenne o&#249; il fut admis, le 3 f&#233;vrier 1785, au nombre des avocats postulants, pr&#232;s de la justice seigneuriale&quot; (abb&#233; Angot).&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&quot; Qu'&#233;taient au 18e si&#232;cle ces avocats mayennais ? C'&#233;taient g&#233;n&#233;ralement des lettr&#233;s qui avaient &#233;tudi&#233; la litt&#233;rature dans Rollin et l'histoire dans V&#233;ly. Ils se piquaient de faire gentiment un sonnet en vers latin... Quelques-uns au 16e et 17 e si&#232;cle &#233;taient docteurs en droit... On a dit de ces magistrats licenci&#233;s &#232;s droits qu'ils avaient &quot;une bonne judiciaire&quot;. En tous cas, leurs descendants, h&#233;ritiers de leurs biblioth&#232;ques, demeurent stupides en face de ces in-folios reli&#233;s en veau, au dos incrust&#233; de vieilles dorures, tels que les Trait&#233;s des fiefs, les Ordonnances royales, les livres coutumiers, les collections de jurisprudence de Denizart ou de Guyot...&lt;/i&gt; (&lt;strong&gt;Morisset&lt;/strong&gt;, voyage autour de la mairie de Mayenne, p.36)*&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sous le propos quelque peu caricatural de Morisset, une premi&#232;re correspondance fait retrouver dans la biblioth&#232;que de Bissy &#171; Collection de d&#233;cisions nouvelles et de notions relatives &#224; la jurisprudence actuelle par Jean-Baptiste Denisart &#187; publi&#233; &#224; Paris entre 1763 et 1766 ainsi qu'un &#171; R&#233;pertoire universel et raisonn&#233; de jurisprudence&#8230; &#187; par Guyot en 1784. Bissy poss&#233;dait aussi des livres coutumiers, les coutumes du Maine et de l'Anjou, de Normandie, du Perche, de Touraine,&#8230; Quelques recueils d'Ordonnances dont un recueil factice contenant les &#171; Ordonnances et Edits du Roy tr&#232;s chr&#233;tien, Henry deuxi&#232;me du nom&#8230; &#187; publi&#233; par Galiot Dupr&#233;, au premier pilier de la grand salle du Palais en 1551. Soit le livre le plus ancien conserv&#233; &#224; la biblioth&#232;que de Mayenne. L'ex-libris appos&#233; sur la page de titre n'est pas celui de Bissy. Par ailleurs, l'ouvrage ne figure pas dans le catalogue manuscrit &#233;tabli en 1810, son acquisition &#8211; li&#233;e &#224; sa valeur bibliophilie - a &#233;t&#233; faite plus tard pour le prix indiqu&#233; sur la page de garde soit &#171; 1 volume basane 1&#176;.4 s &#187;. Il s'agit effectivement d'une compilation de textes r&#233;unis sous un cuir basane dans une reliure qui semble &#234;tre du milieu du 18e si&#232;cle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;En d&#233;cembre 1788&lt;/strong&gt; Bissy participe activement &#224; la r&#233;daction d'un m&#233;moire sur la repr&#233;sentation du Tiers-&#233;tat. Il s'agit de pr&#233;parer les Etats -G&#233;n&#233;raux et d'obtenir une repr&#233;sentation significative pour le Tiers-&#233;tat. Il aurait, selon l'abb&#233; Angot, sign&#233; ce document en dernier pour affirmer qu'il en &#233;tait l'auteur. Il semble que ce document soit actuellement disparu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bissy est nomm&#233; juge au tribunal du district de Mayenne en octobre 1790. C'est cette nomination que Maupetit &#233;voque dans son courrier (nov.1790) &#224; &lt;strong&gt;Dupont-Grandjardin&lt;/strong&gt; cit&#233; plus haut. Dans les notes manuscrites de Bissy (le&#231;ons de Chaussier, manuscrit n&#176;5) un feuillet r&#233;utilis&#233; pour une le&#231;on garde &#224; son verso le post-scriptum d'une bien curieuse lettre :&lt;i&gt; &#171; Jai apris ce matin que nous etions plusieurs a demander Mayenne que Mr Maupetit &#233;tait charg&#233; pour diff&#233;rente personne je crois que tu est assez bien avec lui tache qu'il ne te nuise pas comme je te dit tache d'avoir Mayenne et fait entendre &#224; Mr Maupetit qu'il y a onze paroisses dans sa justice de paix de St Martin qu'il demande celuy la pour ses prot&#233;g&#233;s. Enfin examine ma petition, si tu ne peux obtenir ny le canton de Mayenne, ny celui de St Martin. Tache de m'obtenir Oisseau, St Mars, Brec&#233;, et Chatillon comme je te le marque. J'attend avec impasience ta r&#233;ponse pour savoir si je puis esperer : si enfin tu croi que je suis necessaire &#224; Paris tu me le marqueras car l'objet vaut la peine de se donner des mouvement puisqu'on a deux [decimes et demi] pour livrer &#187;.&lt;/i&gt; Il y avait l&#224;, &#224; n'en pas douter, un enjeu politique non n&#233;gligeable dans cette &#233;lection. Cette note qui n'est pas sign&#233;e laisse entendre qu'il y avait &#8211; ou qu'&#224; tout le moins il aurait pu y avoir - un accord tacite entre les candidats pour se r&#233;partir les postes sur ce bout de territoire. Politiquement ces gens n'&#233;taient pas du m&#234;me bord. Maupetit, tout comme Dupont-Grandjardin (qui fut maire de Mayenne puis d&#233;put&#233; &#224; la L&#233;gislative) &#233;tait un monarchiste constitutionnel, Bissy s'affichera, lui, nettement &#224; gauche avec ses amis Jacobins.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#171; D&#232;s lors l'ex-s&#233;minariste leva hautement le drapeau de la R&#233;volution &#224; Mayenne, et pour acc&#233;l&#233;rer sa marche, trop lente &#224; son gr&#233;, il fonda le club des jacobins&#8230; &#187;.&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce raccourci, sous la plume de l'abb&#233; Angot indique bien comme les &#233;v&#232;nements se pr&#233;cipitent. La premi&#232;re r&#233;union du club des jacobins eut lieu dans l'&#233;glise des capucins, le 16 avril 1791. G&#233;rard Maintenant dans son &#233;tude sur &#171; Les jacobins de la ville de Mayenne (1791- an II) &#187; soul&#232;ve quelques questions int&#233;ressantes sur les options politiques et le r&#244;le de Bissy. Ce dernier va &#224; plusieurs reprises s'alarmer des difficult&#233;s li&#233;es &#224; l'approvisionnement de la population, &#224; Mayenne et dans la campagne environnante. Il en appelle &#224; la conscience du peuple, &#224; la solidarit&#233; r&#233;volutionnaire. Bissy est violemment anti-cl&#233;rical et il va lutter avec &#226;pret&#233; contre le clerg&#233; qui est, selon lui, complice de l'aristocratie et des brigands, les vend&#233;ens et leurs partisans, lesquels vont s&#233;vir longuement dans le d&#233;partement.
&lt;i&gt;&#171; Par ses lettres qui &#233;taient r&#233;guli&#232;rement lues pendant les s&#233;ances, Bissy orientait le club vers une attitude de soumission int&#233;grale &#224; l'&#233;gard de l'Assembl&#233;e nationale. Bissy monopolisa la relation Mayenne-Paris et emp&#234;cha objectivement, des relations normales qui auraient d&#251; s'&#233;tablir entre le club de Mayenne et celui de Paris&#8230; &#187;&lt;/i&gt;. Tout comme Maupetit pendant sa mandature, Bissy, s'assure que les informations parviennent &#224; Mayenne et le club qui est abonn&#233;, fin 1793, au R&#233;publicain et re&#231;oit par son interm&#233;diaire les bulletins de la Convention.
&lt;i&gt;&#171; Il commenta pour le club les &#233;v&#232;nements politiques et nationaux et orienta ainsi le jacobinisme de Mayenne dans un sens &#171; suiviste &#187; et non critique&#8230;Il y eut donc, de la part de Bissy, une volont&#233;- peu jacobine, au demeurant &#8211; de jouer au &#171; notable &#187;&lt;/i&gt;. G&#233;rard Maintenant, p.190-191.
Les conditions sociales, &#233;conomiques et a fortiori id&#233;ologiques ne seront jamais v&#233;ritablement r&#233;unies, qui auraient permis une v&#233;ritable adh&#233;sion des mayennais &#224; la r&#233;volution politique con&#231;ue par les jacobins.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jacques Fran&#231;ois Bissy sera &#233;lu &#224; l'Assembl&#233;e l&#233;gislative le 27 ao&#251;t 1791 et le 30 septembre 1792 &#224; la Convention&lt;/strong&gt;. Une proclamation de Bissy est lue &#224; la Convention le 4 novembre 1793, il y reprend &#8211; actualit&#233; aidant, ses th&#232;mes favoris : &lt;i&gt;&#171; Fr&#232;res et amis, une horde de brigands vomie par le fanatisme infeste notre sol&#8230;Citoyens, il est une v&#233;rit&#233; bien constante qu'il est bon de vous rappeler. Dans tous les temps, le tr&#244;ne et l'autel se sont donn&#233;s la main pour opprimer la terre. Ne soyons pas davantage leurs esclaves et leurs dupes. Soyons &#233;gaux en d&#233;pit d'eux, soyons libres&#8230; &#187;&lt;/i&gt;. Bissy demande alors un cong&#233; &#224; la Convention et vient en Mayenne &#171; r&#233;chauffer le z&#232;le de ses compatriotes &#187;. Il met en place la commission Cl&#233;ment dont le r&#244;le est de s'emparer et de juger les brigands que l'arm&#233;e vend&#233;enne &#233;gr&#232;ne sur les chemins de sa d&#233;route. Le 23 janvier 1794 la commission s'installe &#224; Mayenne. La guillotine fonctionne et n'&#233;pargne ni les vend&#233;ens ni les opposants au r&#233;gime, la Terreur r&#232;gne. Queruau-Lamerie et l'abb&#233; Gaugain d&#233;signent Bissy comme le responsable de cette Terreur, dans la mesure o&#249; il avait une parfaite connaissance des hommes qu'il avait choisis pour ce tribunal r&#233;volutionnaire d'exception &#8211; et savait donc, ce qu'il pouvait en attendre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bissy sera &#224; nouveau membre de deux nouvelles l&#233;gislatures ; il est r&#233;&#233;lu en l'an IV et au Conseil des Cinq-Cents en mai 1798. C'est le coup de force d'un certain Bonaparte, le 18 brumaire an VIII ( un samedi 9 novembre 1799) qui met fin &#224; sa carri&#232;re politique ; il est &#171; rendu &#224; sa ville natale &#187; .Cette derni&#232;re phrase, extraire de l'article &#171; Bissy &#187; du dictionnaire de l'abb&#233; Angot n'est probablement qu'une figure de style. Il est assez probable que Bissy soit rest&#233; &#224; Paris, pour se faire oublier des mayennais ( ?). Ce qui est s&#251;r, c'est que va alors commencer pour lui une longue p&#233;riode de s&#233;jours altern&#233;s entre Mayenne et Paris dont on ne conna&#238;t pas le d&#233;tail mais que l'on peut partiellement reconstituer. Il s&#233;journe ainsi &#224; Paris entre 1801 et 1805 pour suivre &#171; les le&#231;ons &#187; donn&#233;es &#8211; pendant la p&#233;riode estivale - au Mus&#233;um national d'histoire naturelle. En 1808, il semble s'y installer durablement. En mai 1812, alors qu'il r&#233;dige son m&#233;moire sur l'emploi des engrais, il est &#224; Paris d'o&#249; il &#233;crit : &#171; J'avais fait ce petit travail cet hiver, durant mon s&#233;jour &#224; Mayenne ; mais priv&#233; alors de la ressource de ma biblioth&#232;que qui, comme vous le savez, est i&#231;i&#8230; &#187;. &lt;strong&gt;Il revient &#224; Mayenne o&#249; il &#233;pouse Marie Ripault le 26 octobre 1814.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avec le retour de la royaut&#233; on le retrouve &#224; Belgeard o&#249; le nouveau r&#233;gime le place sous surveillance pendant quelques mois. Revenu habiter une nouvelle fois &#224; Mayenne il d&#233;sesp&#232;re de s'y trouver bien, aussi cherche-t-il &#224; repartir vers Paris : &#171; &#8230;De rester dans l'atmosph&#232;re de Mayenne, jamais je ne m'y r&#233;soudrais. Voyons donc, maintenant, s'il me sera possible d'obtenir un renouvellement de ma carte de s&#251;ret&#233; &#224; Paris [&#8230;] n'ayant d'autre passion depuis 20 ans, que j'ai quitt&#233; les l&#233;gislatures, que celle de cultiver les sciences naturelles. Aujourd'hui, plus que sexag&#233;naire, c'est ce que je compte faire encore&#8230; &#187;. La lettre se termine sur une recommandation : &#171; Veuillez, je vous en supplie, ne pas mettre en oubli mon trait&#233; des Roches. Si je retourne &#224; Paris, je serai quitte pour l'encaisser avec mes autres livres&#8230; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces derni&#232;res phrases nous am&#232;nent &#224; sa biblioth&#232;que et &#224; ses livres. Des livres qui constituaient pour lui un socle plus solide et plus serein que la soci&#233;t&#233; dans laquelle il vivait. Des livres avec lesquels il entretenait un dialogue ininterrompu, avec l'espoir inassouvi d'un d&#233;chiffrement du monde. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;strong&gt;MAUPETIT, Michel-Ren&#233; (1742-1831)&lt;/strong&gt; : Le peintre David le repr&#233;sente en vieillard malade dans le coin gauche de son tableau du &#171; Serment du Jeu de Paume &#187;. Elu &#224; la Constituante (mars 1789), il adresse r&#233;guli&#232;rement des informations &#224; son ami Dupont-Grandjardin. Ses lettres font &#233;tat des travaux de l'Assembl&#233;e o&#249; sera d&#233;battu, par exemple, la question de la constitution des d&#233;partements. Queruau-Lamerie a publi&#233; ces lettres dans le BCHAM entre 1901 et 1907.&lt;br/&gt; Maupetit avait &#233;t&#233; homme d'affaire avant de s'int&#233;resser &#224; la politique. Avocat fiscal, procureur du roi au si&#232;ge de Bourgnouvel et &#224; l'h&#244;tel de ville de Mayenne, il prend &#224; ferme une partie des droits f&#233;odaux du duch&#233; de Mayenne. Cette proximit&#233; avec l'ancien r&#233;gime et son adh&#233;sion au f&#233;d&#233;ralisme lui vaudront des ennuis avec les Jacobins. Le soutien de Bissy, une retraite strat&#233;gique aux forges de Chailland et un certificat de civisme lui &#233;viteront la prison et autres tracasseries. Pendant ce s&#233;jour &#224; Chailland il &#171; donnait des le&#231;ons d'astronomie aux demoiselles Martin-Ligonni&#232;re, quitte &#224; prendre jupiter pour V&#233;nus, et &#233;tudiait religieusement les syst&#232;mes g&#233;ologiques de Buffon. &#187; (A. Angot, Dictionnaire).&lt;br/&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Maupetit reviendra &#224; la politique avec son &#233;lection au Conseil des anciens et restera &#171; aux affaires &#187; jusqu'&#224; la Restauration. Maupetit meurt le 31 mars 1831, quelques jours avant Jacques-Fran&#231;ois Bissy.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Paul CORBEAU et Paul Michel LINTIER</title>
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		<description>Paul Corbeau est n&#233; le 27 juillet 1892 &#224; Mayenne de parents commer&#231;ants. Il doit interrompre ses &#233;tudes d'ing&#233;nieur en &#233;lectricit&#233; &#224; la mort de sa m&#232;re. Au service militaire en 1913, il ne sera d&#233;mobilis&#233; qu'en 1919. Les souvenirs de Paul Corbeau &#171; J'&#233;tais sapeur au 8e G&#233;nie &#187; ont &#233;t&#233; publi&#233;s en 2007 par son petit-fils, Jean-Yves Lignel &#171; J'&#233;tais sapeur au 8e G&#233;nie &#187; &#233;tait d'abord destin&#233; au cercle familial, il a cependant (...)

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&lt;a href="http://colporteur.mathien.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;Paul Michel LINTIER&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Paul Corbeau est n&#233; le 27 juillet 1892 &#224; Mayenne de parents commer&#231;ants. Il doit interrompre ses &#233;tudes d'ing&#233;nieur en &#233;lectricit&#233; &#224; la mort de sa m&#232;re. Au service militaire en 1913, il ne sera d&#233;mobilis&#233; qu'en 1919.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les souvenirs de Paul Corbeau &#171; J'&#233;tais sapeur au 8e G&#233;nie &#187; ont &#233;t&#233; publi&#233;s en 2007 par son petit-fils, Jean-Yves Lignel&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_65 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt; &lt;a href=&quot;http://colporteur.mathien.net/IMG/jpg_PauL_Corbeau.jpg&quot; title=&quot;Paul Corbeau - JPEG - 49.7 ko&quot;&gt; &lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L250xH220/jpg_PauL_Corbeau-bfdb4.jpg&quot; width='250' height='220' alt=&quot;Paul Corbeau - JPEG - 49.7 ko&quot; style='height:220px;width:250px;' /&gt; &lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;&#171; J'&#233;tais sapeur au 8e G&#233;nie &#187;&lt;/strong&gt; &#233;tait d'abord destin&#233; au cercle familial, il a cependant &#233;t&#233; diffus&#233; aupr&#232;s des biblioth&#232;ques, et semble-t-il plus largement encore depuis cette date. Le CRID (Collectif de Recherche International et de D&#233;bat sur la Guerre de 1914-1918) en a fait une pr&#233;sentation sur son site &lt;a href='http://www.crid1418.org/temoins/2008/02/22/corbeau-paul-1892-1973/' class='spip_out' rel='nofollow'&gt;http://www.crid1418.org/temoins/200...&lt;/a&gt;. On trouve au m&#234;me endroit un int&#233;ressant parall&#232;le entre le t&#233;moignage de P.Corbeau et celui d'un soldat allemand Hermann van Heek, &lt;strong&gt;Mon journal de guerre 1915-16, Un soldat allemand dans le Noyonnais.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une permission en &lt;strong&gt;mars 1916&lt;/strong&gt; donne l'occasion &#224; Paul Corbeau d'&#233;voquer Mayenne, son &#171; petit pays &#187; comme il l'&#233;crit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; D&#233;barqu&#233; &#224; la gare, il descend vers l'&#233;glise St Martin, resurgissent alors des souvenirs d'enfance, ceux du cat&#233;chisme avec les bandes rivales ; celle de l'&#233;cole des cur&#233;s, celle de l'&#233;cole la&#239;que. La rue du Baudais descendue Paul Corbeau se trouve face au ch&#226;teau : &lt;i&gt;&#171; La premi&#232;re tour, la plus pr&#232;s du pont, avait conserv&#233; son toit pointu et se prolongeait par un b&#226;timent couvert d'ardoises. C'&#233;tait la prison : une prison bonnasse de petite ville, qui servait surtout &#224; abriter les chemineaux l'hiver &#187;.&lt;/i&gt;
Paul Corbeau avait-il lu la nouvelle de P. Lintier , &lt;strong&gt;&#171; Un croquant &#187;&lt;/strong&gt; dans laquelle Lintier &#233;voque la vie mouvement&#233;e de trois compagnons : &lt;i&gt;Ils &#233;taient trois qui se tenaient d'ordinaire &#224; l'angle du quai des Batelleries et du Pont-Vieux : P&#233;trouzet, Perdrix et Chascaillon. C'est bien le coin le plus ti&#232;de de la ville. Le matin, d&#233;s que le soleil s'&#233;l&#232;ve au-dessus des toits, il vient &#233;clairer le granit du parapet tout constell&#233; de mica.&lt;/i&gt; Paul Michel Lintier situe encore plus pr&#233;cis&#233;ment le lieu de repos de ces trois gaillards &#8211; Il choisit la maison contig&#252;e &#224; celle de la mercerie Corbeau : &lt;i&gt;&#171; A midi, le soleil dominant la rivi&#232;re illuminait les maisons blanches du quai. Ils traversaient alors la chauss&#233;e pour s'installer sur les marches de l'h&#244;tel des Postes &#187;&lt;/i&gt;. Quelques paragraphes plus loin il &#233;voque la prison de Mayenne. &lt;i&gt;&#171; Du ch&#226;teau des comtes d'Eblay, qui couronne des roches noires et domine la ville, on avait fait une prison municipale. C'est l&#224;, dans le donjon, qu'il passait de doux hivers. Il y avait son &#233;cuelle, marqu&#233;e de ses initiales au couteau.
Lorsque le froid le d&#233;cidait &#224; ali&#233;ner sa libert&#233;, il buvait sans remords jusqu'&#224; son dernier sou. Puis, au coin du pont, assis entre P&#233;trouzet et Perdrix, il attendait la venue d'un agent. D&#232;s qu'il apercevait la forme aust&#232;re, il se dressait en face de son ennemi et, les mains au fond des poches, il l'insultait. Perdrix ne s'&#233;tonnait point. Il savait que Chascaillon ne lui voulait pas de mal, qu'il cherchait seulement &#224; se faire enfermer. Indiff&#233;rent, il &#233;coutait les injures que l'autre lui criait au nez &#187;&lt;/i&gt;. (Un croquant pp. 9-17)&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_60 spip_documents spip_documents_center'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L235xH195/jpg_6032_Hommes_blouses-b7baf.jpg' width='235' height='195' alt='JPEG - 51.1 ko' style='height:195px;width:235px;' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;dt class='spip_doc_titre' style='width:235px;'&gt;&lt;strong&gt;Trois hommes en blouse descendent la &quot;gal&#232;re&quot;&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt; &lt;dd class='spip_doc_descriptif' style='width:235px;'&gt;extrait d'une carte postale du d&#233;but du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;si&#232;cle
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt; &lt;p&gt;Que Paul Corbeau ait connu ou non ce texte, la pr&#233;sence et le souvenir de Lintier sont tout proches : &lt;i&gt;&#171; &#8230;j'avais retrouv&#233; l&#224; ma jeunesse, des souvenirs de l'&#233;cole que je n'aimais gu&#232;re. Je pr&#233;f&#233;rais les vacances toujours trop courtes pass&#233;es en compagnie de mon fr&#232;re a&#238;n&#233; et de mon ami Paul Lintier qui devait &#234;tre tu&#233; &#224; la pi&#232;ce qu'il commandait comme mar&#233;chal des logis d'artillerie &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La m&#232;re de Paul Corbeau tient une mercerie, &#224; c&#244;t&#233; de la poste, quai de la r&#233;publique. La guerre n'a pas arrang&#233; les affaires devenues, au fil du temps, de plus en plus difficiles : &lt;i&gt;&#171; Le lendemain dans la matin&#233;e, ma m&#232;re vint me surprendre, tenant dans ses mains un bol de chocolat. Pendant que je d&#233;jeunais elle s'&#233;tait assise pr&#232;s de mon lit et s'effor&#231;ait de me faire comprendre sa d&#233;tresse.
Le commerce ne marchait plus. Elle avait de la difficult&#233; &#224; liquider sa marchandise. Femme seule, elle devait batailler avec les fournisseurs, mais elle faisait face. Elle louait deux chambres meubl&#233;es. Et puis, elle s'occupait de l'&#339;uvre des r&#233;fugi&#233;s. [&#8230;] le commerce &#233;tait devenu son cauchemar. Pour qui ne savais pas si je reviendrais de la tourmente, &#231;a m'&#233;tait bien &#233;gal. Malgr&#233; tout, je sentais ma m&#232;re inconsciemment heureuse. C'&#233;tait le principal &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Paul Corbeau note avec une force extraordinaire l'incompr&#233;hension qui demeure entre les soldats, ceux du front, et les civils rest&#233;s &#224; l'arri&#232;re dans une vie inchang&#233;e. Il peine &#224; appr&#233;hender la situation financi&#232;re et commerciale de sa m&#232;re et demeure convaincu dans le m&#234;me temps que ceux de son &#171; petit pays &#187; ne peuvent se repr&#233;senter la souffrance des poilus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Pendant ces jours de permission, j'ai parcouru ma ville dans tous les sens, serrant la main de gens que je connaissais. Partout on me trouvait bonne mine. Tout juste si on ne m'enviait pas.
J'ai l'impression, &#224; tort ou &#224; raison, qu'&#224; part ceux qui avaient des proches au front, ceux de l'arri&#232;re ne nous comprenaient pas. Il leur semblait naturel que nous laissions notre peau dans ce conflit. La seule chose qui les g&#234;nait, c'&#233;tait la privation de tabac qu'ils se procuraient difficilement, et leur pain qui &#233;tait moins blanc. A part cela, on ne manquait de rien dans mon petit pays. Inutile de leur parler de nos souffrances. Nous &#233;tions tant &#224; avoir les m&#234;mes. Et puis, tous ceux qui revenaient en permission avaient si bonne mine qu'ils ne pouvaient &#234;tre malheureux. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Peu de temps avant de repartir sur le front Paul Corbeau va revoir Paul Michel Lintier. Ils ne parleront pas de la guerre, &#233;crit Corbeau. Lintier &#233;tait alors occup&#233; &#224; revoir le texte de &#171; Ma pi&#232;ce &#187; avant qu'il ne f&#251;t publi&#233;. &lt;i&gt;&#171; Nous nous rev&#238;mes encore une fois. Ce fut la derni&#232;re. Il fut tu&#233; le 15 mars 1916 en Lorraine. Je n'ai jamais connu d'&#234;tre plus charmant, ni meilleur. Il &#233;tait bon de nature et sa jeune renomm&#233;e d'&#233;crivain de talent le laissait aussi simple et affable qu'il avait toujours &#233;t&#233;. La garce de guerre devait encore faucher une des jeunes et s&#251;res valeurs de notre pays &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un an plus tard Paul Corbeau est de retour &#224; Mayenne pour une nouvelle permission. La mercerie familiale est ferm&#233;e. &lt;i&gt;&#171; De tout ce qui avait &#233;t&#233; la raison d'&#234;tre de la vieille famille Corbeau, il ne restait plus rien &#187;. [&#8230;] &#171; Notre m&#232;re nous parlait surtout de son ouvroir et de ses nouvelles relations. Pour lui faire plaisir, nous semblions nous int&#233;resser &#224; tout ce qu'elle disait.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_63 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt; &lt;a href=&quot;http://colporteur.mathien.net/IMG/jpg_Louis_Lintier.jpg&quot; title=&quot;Louis Lintier - JPEG - 66.5 ko&quot;&gt; &lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L260xH400/jpg_Louis_Lintier-528c6.jpg&quot; width='260' height='400' alt=&quot;Louis Lintier - JPEG - 66.5 ko&quot; style='height:400px;width:260px;' /&gt; &lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Notre visite &#224; Madame Lintier fut fort p&#233;nible. La douleur, depuis la mort de son fils, l'avait rendue m&#233;connaissable. J'allais voir aussi le maire de notre cit&#233;, son beau-fr&#232;re*. J'eus tort de lui parler de nos mis&#232;res et du d&#233;sir que nous avions de voir finir le conflit, ce cauchemar. Il ne me comprit pas. Il me dit que je reniais le sacrifice de ceux qui &#233;taient tomb&#233;s au champ d'honneur et que si son neveu vivait encore, je lui aurais fait de la peine de parler ainsi.
Je regrettais int&#233;rieurement d'avoir exprim&#233; ma pens&#233;e. Je savais bien, moi, que la longueur de cette guerre pesait terriblement sur le moral des pauvres pions que nous &#233;tions [&#8230;]. Ceux qui n'ont pas particip&#233; &#224; ces combats ne peuvent comprendre, ni en mesurer toute l'horreur : membres broy&#233;s, douloureuses blessures, cadavres de copains restant accroch&#233;s aux barbel&#233;s &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;* Il s'agit de Louis Lintier, maire de Mayenne de 1910 &#224; 1929, oncle de Paul Michel Lintier&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>55. Un Croquant</title>
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		<description>Un croquant : [suivi de] Le Panard, une affaire, le vendu&#8230;/ Paul Lintier. Editions E.Basset et Cie, 3 rue Dante, Paris. 1913. L'ouvrage est d&#233;di&#233; &#224; Jean Boucher, &#171; au ma&#238;tre qui anime la mati&#232;re, je d&#233;die ce livre respectueusement &#187;. C'est Jean Boucher qui a r&#233;alis&#233; le buste de Paul Lintier p&#232;re plac&#233; dans le parc du ch&#226;teau de Mayenne, face au Th&#233;&#226;tre et c'est lui qui sculptera l'&#339;uvre monumentale pour les morts de la Grande Guerre, place des Quatre (...)

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&lt;a href="http://colporteur.mathien.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;Paul Michel LINTIER&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un croquant : [suivi de] Le Panard, une affaire, le vendu&#8230;/ Paul Lintier. Editions E.Basset et Cie, 3 rue Dante, Paris. 1913.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'ouvrage est d&#233;di&#233; &#224; Jean Boucher, &#171; au ma&#238;tre qui anime la mati&#232;re, je d&#233;die ce livre respectueusement &#187;. C'est Jean Boucher qui a r&#233;alis&#233; le buste de Paul Lintier p&#232;re plac&#233; dans le parc du ch&#226;teau de Mayenne, face au Th&#233;&#226;tre et c'est lui qui sculptera l'&#339;uvre monumentale pour les morts de la Grande Guerre, place des Quatre Vents.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Voil&#224; bien vingt ans de cela, nous dit M. Renoir ; pourtant, je me souviens de cette sc&#232;ne comme si je venais de la vivre. J'&#233;tais alors juge de paix dans un petit canton rural aux confins du Maine et de la Normandie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'&#233;tait en plein hiver, en janvier. Il y avait plus de deux pieds de neige dure sur la campagne, et depuis une semaine enti&#232;re, il ne d&#233;gelait pas. Lorsque je rentrai ce soir-l&#224;, en voiture, vers quatre heures, mon greffier et deux gendarmes m'attendaient chez moi. On leur avait signal&#233; un d&#233;c&#232;s suspect dans une ferme voisine du bourg : une femme trouv&#233;e morte dans son champ. Ils venaient me chercher pour faire les constatations.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je partis avec eux. Personne n'avait encore touch&#233; au cadavre. Il gisait, la face dans la neige, pr&#232;s d'un gros fagot de bois mort. J'ordonnai aux gendarmes de le retourner. Je ne vis aucune trace de violence et les muscles du visage, contract&#233;s d'un seul c&#244;t&#233;, indiquaient la congestion.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je fis porter la morte dans la maison, une masure couverte de vieux chaume noir que marquaient de vert des mousses en plaques rondes. Comme la bonne femme vivait seule, je songeai &#224; inventorier avant de partir, afin de mettre en s&#251;ret&#233; l'argent, s'il s'en trouvait par hasard.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La chambre unique &#233;tait &#233;troite et basse. La neige, qui, du dehors, refl&#233;tait par la fen&#234;tre les derni&#232;res lueurs du jour, l'&#233;clairait faiblement d'une mani&#232;re diffuse et singuli&#232;re. Sur les murs et au plafond, la suie, qui s'&#233;tait d&#233;pos&#233;e en couches uniformes, tendait un grand voile noir.
La crasse indiquait sur les meubles l'attouchement ordinaire des mains.
Il y avait l&#224;, outre le lit, une vieille armoire normande assez belle, une mauvaise table boiteuse, une huche, une chaise et deux malheureux tabourets &#224; trois pattes, devant les chenets.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mon greffier avait trouv&#233; dans un coin de l'&#226;tre, un paquet de chandelles entam&#233;. Il en alluma deux. Avec quelques gouttes de suif, il les colla au si&#232;ge de bois de la chaise qu'il pla&#231;a au chevet du lit.
Il gelait dur. J'avais l'ongl&#233;e ; un des gendarmes courut chercher le fagot de la morte et fit du feu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je commen&#231;ais l'inventaire et je pensais qu'il serait bient&#244;t fait, car tout, dans cette bicoque, r&#233;v&#233;lait le d&#233;nuement.
Mon greffier souleva la morte pour prendre les clefs dans sa poche et il ouvrit l'armoire. Une odeur de nippes sales, de vieille graisse ferment&#233;e, nous fit d'abord reculer tous deux. Mais, comme je soulevais une pile de chiffons, au hasard, quatre &#233;cus tomb&#232;rent. Pendant qu'un des gendarmes, &#224; genoux, cherchait de la main sous la huche une des pi&#232;ces qui avait roul&#233;, un homme entra, haut et fort, dont le mufle au poil roux, &#224; la peau rougie par le froid, apparut vivement &#233;clair&#233; sur le cadre sombre de la nuit tout &#224; fait close.
Je le reconnus. C'&#233;tait un meunier voisin, Jacques Chandelier, le grand Jacquot, comme on l'appelait.
Devant le lit, il se signa.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je m'&#233;tais remis &#224; fouiller l'armoire, tandis que mon greffier tenait en l'air une chandelle pour m'&#233;clairer. L'odeur grasse, plus violente, me saisissait &#224; la gorge et m'&#233;c&#339;urait. Pourtant, un &#224; un, je prenais les v&#234;tements, retournant les poches, t&#226;tant les doublures ; j'en tirais l'or et l'argent par poign&#233;es. Sur la table, je fis deux monceaux : d'un c&#244;t&#233;, les louis, de l'autre les &#233;cus. Il n'y avait pas d'autre monnaie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Assis sur un des tabourets pr&#232;s du feu Jacquot me surveillait. Il se penchait lorsque je plongeais mes mains dans l'armoire, afin de ne pas les perdre de vue. La lumi&#232;re rouge des braises ensanglantaient son visage et ses cheveux. Toutes les fois que je jetais des pi&#232;ces sur la table, un &#233;clair passait dans ses yeux, comme le reflet du m&#233;tal remu&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Du dehors, on ouvrit la porte de nouveau. Un couple parut : le mari, gros et joufflu, en blouse ; la femme plate et brune, au corbin d'oiseau. Tout de suite, ils aper&#231;urent l'argent et l'or qui scintillaient aux lumi&#232;res. L'&#233;tonnement et l'admiration les tenaient debout, sur le seuil. L'haleine froide de la nuit penchait la flamme des chandelles et nous gla&#231;ait. Je leur dis d'entrer.
Ils esquiss&#232;rent un signe de croix et, sur la pointe des pieds, comme par crainte de troubler la magie de ce spectacle, ils all&#232;rent rejoindre Jacquot pr&#232;s du feu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un homme p&#226;lot, v&#234;tu d'une mauvaise peau de bique et une grande femme, coiff&#233;e d'un vieux fichu, p&#233;n&#233;tr&#232;rent &#224; leur tour, suivis bient&#244;t d'une petite femme difforme et laide, qui boitait tr&#232;s bas en se d&#233;hanchant, et s'appuyait sur un gros b&#226;ton.
Vers le milieu de la table, l'or et l'argent se rejoignaient. Les parents s'&#233;taient approch&#233;s. Pench&#233;s vers l'armoire, haletants, j'entendais leurs souffles derri&#232;re moi. Chaque fois que de nouvelles pi&#232;ces tombaient bruyamment sur le tas, les hommes riaient ; la femme &#224; t&#234;te d'oiseau tr&#233;pignait et tirait la manche de son mari :
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; N'en v'la core, Cl&#233;ment ! n'en v'la core !
Dans sa joie, la bancale martelait la terre battue de son b&#226;ton et se tr&#233;moussait sur une jambe.
Au chevet de la morte, sur la chaise, les deux chandelles qui fumaient, &#233;clairaient de bas en haut son visage maigre et jaune, durcissant encore les traits.
Tous avaient &#233;galement oubli&#233; ce cadavre. Le d&#233;lire de l'or bandait leurs muscles, les tenait fr&#233;missants et affol&#233;s devant la table.
D&#232;s que j'eus tir&#233; de l'armoire le dernier haillon, ils s'&#233;parpill&#232;rent dans la pi&#232;ce, t&#226;tant les meubles, inspectant le plafond et les murs. Jacquot ouvrit la huche et s'y plongea jusqu'aux reins.
Il n'en tira qu'un gros pain rond.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans le foyer, la bancale, &#233;cartant vivement du bout de son b&#226;ton les cendres chaudes, faisait sonner les dalles, attentive au son.
Comme ils ne trouvaient rien, Jacquot pensa que la bonne femme pouvait avoir cach&#233; de l'argent dans son lit. S'&#233;tant &#224; nouveau sign&#233;, il s'agenouilla devant la morte. Il retroussa ses manches et enfon&#231;a son bras droit jusqu'&#224; l'&#233;paule, entre le matelas et la paillasse. Il s'agitait et soulevait le corps. Il ne d&#233;couvrit rien. Je fis alors le compte de l'argent.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Combien y a-t-il ? demanda Jacquot.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Vingt-cinq mille six cent dix francs
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Bon Dieu ! dit l'homme &#224; la peau de bique.
Les faces s'illumin&#232;rent et les h&#233;ritiers se regard&#232;rent en ricanant d'aise.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Vingt-cinq mille six cent francs ! s'&#233;cria l'homme en blouse qui se croisa les bras. Hein ! Vingt-cinq mille six cent francs ! &#231;a vaut mieux qu'un coup de pied qu&#233;que part ! Nom d'un chien de nom d'un chien !
Mais Jacquot qui ne s'&#233;tonnait point, se tourna vers moi. &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Qu'est-ce que vous allez faire de tout &#231;a, monsieur le juge ?
Je lui r&#233;pondis que je remettrais provisoirement cette somme &#224; mon greffier. Le rire alors se figea soudain sur toutes les l&#232;vres. Les h&#233;ritiers se consult&#232;rent &#224; voix basse.
Puis, Jacquot s'&#233;tant d&#233;tach&#233; du groupe : &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Ah ! Dame ! On n'va point partir comme &#231;a&#8230;les pouches vides ! M&#233;, j'veux ma part, d&#233;clara-t-il.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; M&#233; aussi ! &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Et nous !&#8230;Et nous ! cri&#232;rent ensemble les autres.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Je regrette, dis-je, mais je ne peux pas. D'abord, tous les h&#233;ritiers ne sont pas l&#224; ?
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Si, r&#233;pondit Jacquot, nous v'la tous l&#224;.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Mais vous n'&#234;tes pas tous parents de la morte au m&#234;me degr&#233;.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Pardon, Monsieur le juge ! On est tous ses neveux&#8230;Voil&#224;&#8230;j'vas vous expliquer : ils &#233;taient quatre dans la famille ; y avait Jules Chandelier, l'a&#238;n&#233; qu'est mort pendant la guerre et qu'&#233;tait point mari&#233; ; y avait la m&#232;re Justine, que v'l&#224; donc morte &#224; c't heure aussi et qui n's'est point mari&#233;e non pu. Et pi, y avait donc Thomas Chandelier et Marie Chandelier&#8230;Bon ! &#8230;Chez Thomas Chandelier qu'est mort, et sa femme aussi, on &#233;tait trois enfants&#8230;Y avait Justin Chandelier&#8230;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; C'est m&#233;, dit l'homme &#224; la peau de bique.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Il a &#233;pous&#233; une fille Buchot que v'l&#224;, ajouta Jacquot en d&#233;signant la grande femme qui hocha la t&#234;te et me sourit.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Bon, reprit-il. J'disais donc qu'on &#233;tait trois &#233;fants : Justin, m&#233; Jacquot et un autre gars qu'est mort de coliques &#224; l'&#226;ge de cinq ans. D'sa part, Marie Chandelier qu'on a enterr&#233;e l'hiver pass&#233; &#233;pousa un gars, Lousteau, qu'a p&#233;ri y a ben longtemps d&#233;j&#224;, par accident. Ils eurent deux enfants : Cl&#233;ment Lousteau que v'l&#224;.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Pour vous servir, dit l'homme en blouse.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Et pi donc, la Francine qu'a la patte torte. Pas vrai, la Francine ?
La bancale qui semblait endormie dans la contemplation de l'or leva une face inqui&#232;te. Jacquot haussa les &#233;paules et se toucha le front dans un geste significatif. Puis s'adressant aux autres :
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; C'est-y ben &#231;a ? demanda-t-il.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Oui, c'est ben &#231;a, affirm&#232;rent Justin Chandelier et Lousteau.
Alors Jacquot se tourna vers moi.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Vous voyez ben qu'vous n'avez pu qu'&#224; partager.
J'&#233;tais perplexe.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Enfin, dis-je encore, il y a peut-&#234;tre des mineurs, des interdits ?
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; On est tous majeurs, r&#233;pondit Jacquot, et pour ce qui est d'&#234;tre interdits, on n'est fous ni l's'uns ni l's'autres !
Dans ces conditions, je n'avais plus qu'&#224; me retirer.
Mais la crainte qu'ils ne se volent et surtout que Jacquot ne d&#233;pouille les autres, particuli&#232;rement la bancale, me retint. Je leur proposai de faire le partage. Ils accept&#232;rent tous.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Mais avant, dis-je, il faut s'entendre sur les frais de s&#233;pulture afin que je les r&#233;serve. Un enterrement d&#233;cent, en seconde classe, co&#251;te cinquante francs.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; En seconde classe ! s'&#233;cria Justin Chandelier. En seconde classe ! Pourqu&#233; faire, bon Dieu !
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Mais la troisi&#232;me est celle des indigents.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; C'est-y d&#233;shonorant ? dit la grande femme. Tout le monde a &#233;t&#233; enterr&#233; en troisi&#232;me dans la famille : son p&#232;re, sa m&#232;re, le gros Cl&#233;ment, Thomas, la Marie !&#8230;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Ben s&#251;r qu'elle serait point contente, la pauv'bonne femme, si on l'enterrait en seconde, affirma Jacquot&#8230;Elle qu'&#233;tait si &#233;conome de son vivant !
Je n'insistai pas, mais je leur demandai encore ce qu'ils entendaient faire pour l'enterrement religieux.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Pour &#231;a, j'm'en charge, dit le gros Lousteau qui &#233;tait chantre. On lui fera une p'tite messe, parc'qu'avec la musique, c'est ben pu cher. J'aurais ben chant&#233; pour la pauv'm&#232;re Justine, ben s&#251;r&#8230;mais le bon Dieu n'est pas pu content !
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Et puis, elle &#233;tait si d&#233;vote, remarqua quelqu'un. Elle est au paradis &#224; c't'heure. Elle a pu besoin de nous.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; J'propose dit Jacquot, qu'on ach&#232;te tous ensemble un cierge qu'on mettra pour elle, dimanche prochain, &#224; la bonne Vierge du rocher.
Et il ajouta silencieusement :
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Faut point &#234;tre regardant avec les morts !
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Non, dame ! s'&#233;cria la femme au profil d'oiseau en dirigeant sur le lit un regard inquiet. Faut faire ce qu'y faut, autrement ils reviennent la nuit, vous tirer les pattes. Vous avez ben connu la grande Louise ? Eh ben !&#8230;
Elle se mit &#224; conter &#224; mi-voix d'effroyables histoires de revenants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cependant, les frais d&#233;duits, je calculais les parts. Il revenait &#224; chacun des quatre h&#233;ritiers, six mille trois cent quatre-vingt-dix francs.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; On est d'accord, dit Jacquot qui, sur un bout de papier graisseux, avait fait les comptes en m&#234;me temps que moi.
Un &#224; un, les h&#233;ritiers pass&#232;rent devant la table. Je leur remettais leurs parts. Ils comptaient les pi&#232;ces et les serraient dans leurs mouchoirs. Puis, tour &#224; tour, ils se glissaient dehors et dans l'instant o&#249; la porte restait ouverte sur la nuit, le vent jetait de gros flocons de neige jusqu'au milieu de la pi&#232;ce.
La bancale re&#231;ut son argent la derni&#232;re. Comme elle partir aussi, je la retins.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Qui donc veillera la morte si vous vous en allez ? demandai-je.
Elle ne r&#233;pondit point. J'insistai :
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Voyons, on ne laisse pas les morts seuls.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; C'est que, Monsieur, dit-elle, j'ai des &#233;fants&#8230;j'peux point rester !
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Tant pis ! Mais au moins pr&#233;venez la m&#232;re Hiboux qui veille les morts pour vingt sous par nuit. Alors la bancale se redressa sur son b&#226;ton :
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Tiens ! s'&#233;cria-t-elle. Pourqu&#233; donc que j'payerais plut&#244;t que l's'autres ?
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Vous n'avez pas honte !&#8230;dit mon greffier.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Pourqu&#233; qu'j'aurais honte ?
Je haussais les &#233;paules.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; C'est bon. Pr&#233;venez la m&#232;re Hiboux : c'est moi qui la payerai.
Elle se dirigea vers la porte, mis&#233;rable, courb&#233;e en deux et bo&#238;tant avec un effroyable d&#233;hanchement.
Le gros pain rond &#233;tait rest&#233; sur la huche. Elle le prit sous son bras.
Faut point perdre le bien, murmura-t-elle.
Comme elle s'enfon&#231;ait dans la nuit, rentrant la t&#234;te entre les &#233;paules afin que la neige ne lui tombe pas dans le cou, la morte, sur son lit, poussa un profond soupir. Elle ouvrit de grands yeux &#233;tonn&#233;s et se souleva sur ses coudes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Sanzaki</title>
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		<dc:creator>Jacques</dc:creator>



		<description>SANZAKI texte et photographies de Jean-Loup Trassard est publi&#233; au &#171; Temps qu'il fait &#187; Dans le n&#176; de l'Oribus, dat&#233; de septembre 2009 Alain Olivier rend compte de &#8220;&#171; Sanzaki &#187;&#8221; le dernier ouvrage de Trassard publi&#233; au &#8220;&#171; Temps qu'il fait &#187;&#8221;. Et comme il s'agit de la revue du &#171; groupe de recherche sur le mouvement social en Mayenne &#187;, l'auteur de l'article s'attarde sur la production et la (...)

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&lt;a href="http://colporteur.mathien.net/spip.php?rubrique10" rel="directory"&gt;Jean-Loup TRASSARD&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;SANZAKI
texte et photographies de Jean-Loup Trassard est publi&#233; au &#171; Temps qu'il fait &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_49 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt; &lt;a href=&quot;http://colporteur.mathien.net/IMG/jpg_Mme_NOLIN_gimped2.jpg&quot; title=&quot;JPEG - 50.4 ko&quot;&gt; &lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L300xH200/jpg_Mme_NOLIN_gimped2-0ff97.jpg&quot; width='300' height='200' alt=&quot;JPEG - 50.4 ko&quot; style='height:200px;width:300px;' /&gt; &lt;/a&gt; &lt;/span&gt; Dans le n&#176; de l'Oribus, dat&#233; de septembre 2009 Alain Olivier rend compte de &#8220;&#171; Sanzaki &#187;&#8221; le dernier ouvrage de Trassard publi&#233; au &lt;a href='http://www.letempsquilfait.com/' class='spip_out'&gt;&#8220;&#171; Temps qu'il fait&lt;/a&gt; &#187;&#8221;. Et comme il s'agit de la revue du &#171; groupe de recherche sur le mouvement social en Mayenne &#187;, l'auteur de l'article s'attarde sur la production et la vente frauduleuse de la goutte en tant que ph&#233;nom&#232;ne culturel, &#171; quasi identitaire dans le Nord-Mayenne &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A. Olivier n'en oublie pas pour autant de souligner la continuit&#233; du travail de J.L. Trassard : &#8220;&lt;i&gt;&#171; l'&#233;crivain mayennais restitue avec une grande pr&#233;cision les gestes et les bruits du travail paysan de l'apr&#232;s-guerre. Nous retrouvons les sc&#232;nes de labour &#224; l'ancienne avec &#171; le cliquetis des cha&#238;nes &#187; lorsque l'attel&#233;e des chevaux fait demi-tour pour reprendre le sillon en sens inverse&#8230; &#187;&#8221;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sur ce m&#234;me livre, il faut lire encore la rubrique de Pierre Campion, qui, sur le web, s'attache &#224; d&#233;crypter l'&#339;uvre de J.L. Trasard et pour ce dernier texte, sa mise en parall&#232;le, judicieuse, de l'&#339;uvre au noir du fraudeur et de l'&#233;crivain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8220;&#171; De m&#234;me l'&#233;crivain, m&#233;taphoriquement, devrait-il ne pas se laisser voir &#224; l'&#339;uvre&#8230; Car son lecteur est curieux d'aventures mais suspicieux aussi, surtout depuis qu'on l'a avis&#233; que le roman a chang&#233; d'&#232;re. Cependant ici, soit fiert&#233; de son m&#233;tier, soit d&#233;fi aux r&#232;gles de discr&#233;tion et de prudence que celui-ci lui impose en temps normal, soit aussi malice imit&#233;e de son h&#233;ros qui ne d&#233;teste pas un l&#233;ger trait de provocation, il se laisse d&#233;celer &#224; son exercice. M&#234;me, et impliquant son lecteur, il note explicitement leur situation de voyeurs clandestins, et ainsi la t&#226;che que c'est de d&#233;crire, &#224; ce tiers non instruit qu'est le tout-venant de ses clients, l'homme et son attelage de deux juments au labour, les &#233;quipements, les mouvements et presque les pens&#233;es de ces b&#234;tes&#8230; &#187;&#8221;&lt;/i&gt;
&lt;a href='http://pierre.campion2.free.fr/trassard_sanzaki.htm' class='spip_out'&gt;http://pierre.campion2.free.fr/trassard_sanzaki.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>50. Une bonne prise</title>
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		<description>Dominique RHETY qui nous a pr&#233;alablement communiqu&#233; &#171; Au poste de commandement &#187; un texte de Paul Lintier publi&#233; dans &#171; Les Journ&#233;es de MCMXVIII, recueil d'art et de Litt&#233;rature &#187; en Avril 1918, nous adresse aujourd'hui sa derni&#232;re trouvaille faite aux Archives Municipales de Lyon : &#171; L'origine n'est pas douteuse, je l'ai trouv&#233; aux Archives Municipales de Lyon avec d'autres coupures de presse dont &#171; Dans l'ombre grondante &#187;, il s'agit &#224; mon (...)

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&lt;a href="http://colporteur.mathien.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;Paul Michel LINTIER&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dominique RHETY qui nous a pr&#233;alablement communiqu&#233; &#171; Au poste de commandement &#187; un texte de Paul Lintier publi&#233; dans &#171; Les Journ&#233;es de MCMXVIII, recueil d'art et de Litt&#233;rature &#187; en Avril 1918, nous adresse aujourd'hui sa derni&#232;re trouvaille faite aux Archives Municipales de Lyon : &#171; L'origine n'est pas douteuse, je l'ai trouv&#233; aux Archives Municipales de Lyon avec d'autres coupures de presse dont &#171; Dans l'ombre grondante &#187;, il s'agit &#224; mon avis, d'un des &#171; Feuilletons de l'Ouest &#187; qu'il &#233;voque dans la lettre &#224; sa grand-m&#232;re du 19 d&#233;cembre 1915 &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;UNE BONNE PRISE&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ils &#233;taient une dizaine de la Coloniale en patrouille, avec un petit caporal sec et solide comme un nerf de b&#339;uf. Bougres, h&#226;l&#233;s, cuivr&#233;s par le soleil du Maroc, leurs capotes bleues ouvertes laissaient voir &#224; travers le d&#233;braill&#233; des chemises leurs solides poitrines velues, o&#249; la plaque d'identit&#233; mettait une tache argent&#233;e. Ils gravissaient la c&#244;te rude au flanc des coteaux crayeux, de l'Aisne o&#249; la roche est perc&#233;e excav&#233;e par les eaux. En arrivant sur le plateau o&#249;, au loin, le feu d'une batterie allemande mettait sur l'horizon des flocons blancs ils tourn&#232;rent &#224; gauche vers un bois noir qu'ils avaient pour mission de fouiller.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y avait l&#224; des cadavres de prussiens aux faces d&#233;j&#224; vertes, &#233;tendus casque en t&#234;te, et &#224; c&#244;t&#233;, au hasard, des sacs au poil roux, des Mausers et leurs courtes ba&#239;onnettes qui ressemblent &#224; des couteaux de bouchers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les Coloniaux enjambaient sans souci, en ayant bien vu d'autres. Un peu plus loin, s'ouvrait &#224; m&#234;me le champ h&#233;riss&#233; de chaumes, un grand trou, une sorte de carri&#232;re en h&#233;micycle, garnie sur ses bords de ronces et d'&#233;pines aux fruits rouges. Comme l'un des coloniaux s'&#233;tait &#233;cart&#233; jusqu'au bord, press&#233; par la diarrh&#233;e, il aper&#231;ut l&#224; dedans, tass&#233;s, craintifs comme des moutons dans une bergerie qui flambe un h&#233;rissement de pointes de casques sur des &#233;paules grises. Ils &#233;taient la soixante dix au moins, ayant abandonn&#233; fusil et sac, pr&#234;ts d'avance &#224; se rendre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le Colonial fit signe de la main &#224; ses camarades qui s'&#233;loignaient vers le bois, et les dix r&#233;unis, au bord du trou d'o&#249; ils voyaient &#224; travers les branches les Allemands qui ne pouvaient les apercevoir, &#224; voix basse se concert&#232;rent. Vu le nombre la capture n'&#233;tait point si ais&#233;e. L'un proposait un feu de salve d'abord qui en abattrait quelques un et assagirait les autres ; mais le caporal les voulait tous. Il fut d&#233;cid&#233; qu'on para&#238;trait d'un coup, le fusil en joue &#224; l'&#233;troite entr&#233;e de la carri&#232;re, pour donner l'illusion du nombre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A la vue des Fran&#231;ais ce fut dans la masse grise des ennemis, un recul, apeur&#233; jusqu'&#224; la paroi du fond, un fr&#233;missement de paroles rauques, le cri d'un homme qui se d&#233;tach&#226;t devant : &quot;Moi bon Alsacien,&quot; un d&#233;ploiement de mouchoirs agit&#233;s. Le caporal commande : - &quot; Haut les mains, bande de cochons.&quot; Mais les autres ne comprenaient pas. Il fallut que le caporal l&#226;ch&#226;t son fusil d'une : main et fit de l'autre le geste qu'il exigeait. Ce fut d'un coup une unanime lev&#233;e de bras vers le ciel.
Restait maintenant &#224; emmener les prisonniers. Nos coloniaux demeuraient l&#224; tr&#232;s perplexes, soixante dix pour dix, sept pour un, la bouch&#233;e &#233;tait grosse ! C'est alors qu'il vint &#224; l'un d'eux, une id&#233;e impr&#233;vue, une vraie id&#233;e de colonial ballot&#233; par les hasards de la Brousse de Casablanca &#224; Fez et de Fez &#224; Tazza.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tandis que quatre hommes continuaient &#224; tenir les allemands en joue, le reste de la patrouille se mit &#224; d&#233;culotter les prisonniers. Prestement ils d&#233;boutonnaient les bretelles et abattaient les pantalons jusqu'aux chevilles. Les autres, surpris, essay&#232;rent bien d'abord de les retenir ou de les relever, mais le caporal r&#233;p&#233;ta : &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; &quot;Haut les mains, Nom de Dieu ! &quot; Et tous alors se laiss&#232;rent faire passivement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'op&#233;ration fut br&#232;ve. Lorsque tous eurent &#233;t&#233; ainsi d&#233;culott&#233;s, le caporal les disposa par quatre puis ba&#239;onnette au canon, les dix coloniaux, le k&#233;pi sur l'oreille et rigolant, encadr&#232;rent la troupe des allemands entrav&#233;s.
Ainsi, banni&#232;re au vent, raides et dignes malgr&#233; tout, sous leurs casques d'authentiques prussiens, les prisonniers firent leur entr&#233;e au village.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>D&#201;CLARATION DES DROITS DU LIVRE</title>
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		<dc:date>2009-02-25T16:10:03Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jacques</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;L'association des &#233;diteurs de la r&#233;gion Centre TextOCentre reactualise la D&#233;claration des droits du livre&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://colporteur.mathien.net/spip.php?rubrique4" rel="directory"&gt;01. Actualit&#233;s&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#201;CLARATION DES DROITS DU LIVRE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Article 1
Les livres, tous les livres ont le droit d'exister.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Article 2
Les livres sont &#233;gaux entre eux, sans distinction d'origine, de fortune, de
naissance, d'opinion, d'&#233;diteur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Article 3
Tout livre a droit &#224; la vie, &#224; sa commercialisation, &#224; la chance d'&#234;tre
expos&#233; au lecteur, et de donner &#224; son auteur celle d'&#234;tre entendu et
r&#233;mun&#233;r&#233; &#224; juste titre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Article 4
Tous sont &#233;gaux devant la loi qui les met &#224; &#233;galit&#233; de prix pour tous en
quelques lieux qu'ils soient propos&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Article 5
Chacun a droit &#224; la reconnaissance en tout lieu de sa personnalit&#233;, de la
personnalit&#233; de son auteur, de celle de son &#233;diteur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Article 6
Le livre, &#339;uvre d'imagination autant que de recherche, s'adresse &#224;
l'imagination autant qu'au besoin de l'homme. Il ne peut en aucune fa&#231;on
&#234;tre d&#233;voy&#233; dans sa commercialisation comme un produit d'appel de
consommation courante.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Article 7
Le livre est, et demeure garant de nos libert&#233;s. Il ne peut en aucun cas
&#234;tre soumis &#224; quelque ali&#233;nation que ce soit tant sur le plan de la pens&#233;e
que sur celui de sa vocation fondamentale qui est de promouvoir le
libre-&#233;change des cultures, des mentalit&#233;s et des savoirs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Article 8
Le livre, ouverture de l'esprit, de recherches, de plaisirs, consignation du
savoir autant qu'&#339;uvre de cr&#233;ation doit &#234;tre trait&#233; comme un bien
indispensable &#224; la culture, &#224; la promotion sociale et spirituelle, &#224;
l'information, et ne peut &#234;tre trait&#233; comme un vulgaire objet de profit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Vous pouvez faire part de vos r&#233;actions :
contacttextocentre@laposte.net&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>ECRIRE LA VIE RURALE AUJOURD'HUI .1.</title>
		<link>http://colporteur.mathien.net/spip.php?article34</link>
		<guid isPermaLink="true">http://colporteur.mathien.net/spip.php?article34</guid>
		<dc:date>2009-02-25T14:30:32Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jacques</dc:creator>


		<dc:subject>livre</dc:subject>

		<description>Cette rencontre s'est tenue en mars 2003 &#224; la biblioth&#232;que de Mayenne. Elle r&#233;unissait Ferdinando Camon (Italie), Pascal Comm&#232;re (Bourgogne), Georges Ravis-Giordani (Corse) et Jean-Loup Trassard (Mayenne). Invit&#233;, mais absent, Marian Pilot (Pologne). Chaque auteur avait produit, avant la rencontre, un texte d&#233;finissant les liens qu'il entretenait avec le monde rural. Ces &#233;crits sont reproduits ici, juste avant le compte-rendu des &#233;changes tenus lors de cette rencontre Jean-Loup (...)

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&lt;a href="http://colporteur.mathien.net/spip.php?rubrique2" rel="directory"&gt;02. Paysages litt&#233;raires&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://colporteur.mathien.net/spip.php?mot2" rel="tag"&gt;livre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cette rencontre s'est tenue en mars 2003 &#224; la biblioth&#232;que de Mayenne. Elle r&#233;unissait Ferdinando Camon (Italie), Pascal Comm&#232;re (Bourgogne), Georges Ravis-Giordani (Corse) et Jean-Loup Trassard (Mayenne). Invit&#233;, mais absent, Marian Pilot (Pologne).
Chaque auteur avait produit, avant la rencontre, un texte d&#233;finissant les liens qu'il entretenait avec le monde rural. Ces &#233;crits sont reproduits ici, juste avant le compte-rendu des &#233;changes tenus lors de cette rencontre&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Loup TRASSARD&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;N&#233; en 1933 &#224; Saint-Hilaire du Maine o&#249; il vit toujours une partie de l'ann&#233;e, il raconte son &#171; territoire &#187; : petit espace de campagne autour de sa maison, mais aussi territoire mental, lieu de m&#233;moire, contre l'oubli - dans de courts textes et par le biais de photographies.&lt;br:/&gt; &#171; J'ai un univers terrien qui n'est pas partag&#233;. Cette campagne-l&#224; n'&#233;tait pas entr&#233;e en litt&#233;rature. Je p&#233;tris ma terre en m&#234;me temps que la langue fran&#231;aise avec laquelle j'essaye de jouer. La source de mes livres est dans le toucher des choses que j'ai entreprises d&#232;s qu'on m'a l&#226;ch&#233; au jardin &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ses textes, po&#233;tiques et profond&#233;ment novateurs, parfois qualifi&#233;s d'&#171; ethno-po&#233;sie &#187;, sont constitu&#233;s de recueils de nouvelles et r&#233;cits, tous parus aux &#233;ditions Gallimard : (L'amiti&#233; des abeilles, 1961 pour le premier) &#8211; ainsi que de livres m&#234;lant photographies et textes aux &#233;ditions Le temps qu'il fait (dont Inventaire des outils &#224; main dans une ferme, 1981 r&#233;&#233;dit&#233; en 1995 &#171; en hommage aux mains qui les tinrent &#187; ou Images de la terre russe, 1990, relation de voyage et impressions &#233;prouv&#233;es devant la campagne de Russie). Tous &#233;voquent la campagne, ses paysages, les gestes et les outils de ses paysans, la fin de l'agriculture au profit de l'industrie agricole.&lt;br:/&gt;
La parution de Dormance (Gallimard, 2000), un roman, semble marquer une &#233;tape dans une &#339;uvre qui ne cesse d'approfondir ses propres th&#232;mes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_51 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt; &lt;a href=&quot;http://colporteur.mathien.net/IMG/jpg_colporteur1.jpg&quot; title=&quot;JPEG - 66.5 ko&quot;&gt; &lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L300xH225/jpg_colporteur1-8c196.jpg&quot; width='300' height='225' alt=&quot;JPEG - 66.5 ko&quot; style='height:225px;width:300px;' /&gt; &lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;Les mots les plus terreux&lt;br:/&gt;
par Jean-Loup Trassard&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;La litt&#233;rature fran&#231;aise, la meilleure en tout cas, n'a offert que tr&#232;s peu de pages &#224; l'agriculture : je citerai &#171; La terre &#187; de Zola, car Balzac dans &#171; Les paysans &#187; ne dit mot des travaux agricoles. Ce livre mis &#224; part, il y eut surtout Giono pour &#233;voquer en connaisseur la vie rurale de sa r&#233;gion, si phantasm&#233;s que soient certains de ses livres. Une terre s&#232;che, des paroles chantantes, l'odeur des lavandes et toutes les &#233;toiles au-dessus de la t&#234;te&#8230; voil&#224; qui pouvait en effet s&#233;duire les citadins &#8211; j'ai aussi lu Giono avec passion &#8211; les lecteurs, en effet, sont plut&#244;t &#224; la ville et pour cette &#233;crasante majorit&#233;, la terre profonde des r&#233;gions de France n'est pas le sujet attendu. Ecrire sur la campagne, est-ce que &#231;a ne fait pas un peu Joseph de Pesquidoux ? D'autres se croient-ils autoris&#233;s &#224; &#233;voquer Vichy quand ils n'&#233;taient pas n&#233;s ? Je leur r&#233;ponds : Virgile !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bernard Lamarche-Vadel me disait peu avant de mourir : &#171; Il y a les &#233;crivains de la d&#233;nonciation et ceux de la louange, je suis de ceux qui d&#233;noncent le monde, vous &#234;tes, vous, du c&#244;t&#233; de la louange &#187;. C'est assez bien vu. J'ai commenc&#233; dans l'&#233;criture, enfant, par un exercice d'admiration pour la campagne, et apr&#232;s, m'attachant plus pr&#233;cis&#233;ment aux activit&#233;s agricoles, je n'ai pas chang&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'injustice est partout, et la duret&#233; de vivre, mais &#224; partir du XXe si&#232;cle &#8211; chaux, engrais &#8211; notre r&#233;gion plut&#244;t riche n'a pas trop connu la mis&#232;re. Je crois bien cependant que le climat et le mode de culture font le travail, chez nous, plus rude qu'en d'autres r&#233;gions. L'habitat dispers&#233;, comme le manque de confort, rendaient aussi, avant &#233;lectricit&#233;, puis voitures, puis t&#233;l&#233;phone, la vie plus sauvage. D'autres causes ont disparu : l'emprise du cur&#233; sur ses paroissiens, ou le fait que les fermes &#233;taient petites et les cultivateurs des m&#233;tayers ou fermiers, rarement propri&#233;taires. Reste encore qu'il n'y a ni grande ville dans les environs, ni tourisme (quoique par certains c&#244;t&#233;s on puisse s'en r&#233;jouir !), pas de march&#233;s dans les villages&#8230; Tout a contribu&#233;, pendant longtemps, &#224; doter notre campagne, au ciel souvent pluvieux, d'un caract&#232;re dans l'ensemble assez sourd.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Malgr&#233; quelques diff&#233;rences g&#233;ologiques selon les quartiers, sensibles &#224; ceux qui travaillent la terre, les sols sont meubles et productifs, mais en comparant avec d'autres campagnes, j'ai toujours eu l'impression que chez nous tout &#233;tait tr&#232;s lourd et qu'en plus de la boue, due aux pluies fr&#233;quentes, dans laquelle s'accomplit une part du travail, rien n'&#233;tait fait pour all&#233;ger, on se targuait plut&#244;t d'&#234;tre costaud. Colliers de chevaux, brabant, pieux de ch&#226;taignier, barri&#232;res, sacs de bl&#233;, betteraves fourrag&#232;res&#8230; je pourrais sur ce papier soulever de nombreux exemples. Avant le machinisme moderne on remuait aussi beaucoup le fumier &#224; la fourche et &#224; la pelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;cite&gt; &#171; Je tente d'&#233;lever le plus haut possible dans la litt&#233;rature
l'image, non pas plane mais profonde, de notre campagne telle que, pour ma part, je la vois et la ressens. &#187;&lt;/cite&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais ce n'est pas, en effet, pour d&#233;noncer le monde tel qu'il fonctionne, et la difficult&#233; qu'avaient cultivateurs et artisans &#224; gagner leur vie, &#224; &#233;lever leurs enfants, que je me suis mis &#224; &#233;crire. Je ne nie pas qu'il y ait eu des pauvres et plus encore des injustices, mais tous, semblait-il, mangeaient, la mis&#232;re n'&#233;tait pas criante. On aurait pu m&#234;me la confondre avec l'&#233;conomie extr&#234;me que les moins g&#234;n&#233;s pratiquaient. Peut-&#234;tre parce que je suis n&#233; dans une famille bourgeoise, mon propos s'est tout de suite affirm&#233; po&#233;tique. J'ai appris, les lectures me le confirmaient, qu'une terre comme la n&#244;tre si elle avait suscit&#233; des livres ceux-l&#224; n'&#233;taient gu&#232;re entendus. R&#233;joui alors de savoir que la campagne qui me tenait &#224; c&#339;ur se trouvait, en terme d'&#233;criture, pratiquement inexploit&#233;e, je me suis attach&#233; &#224; la dire : champs et chemins, fermes et outils, artisanats et, selon les saisons, tous travaux agricoles. Montrant, bien s&#251;r, mais indirectement, la vie de ceux qui maniaient les outils, guidaient les chevaux ou le tracteur, trayaient les vaches, eux dont l'ouvrage d&#233;pend si &#233;troitement de la terre et du ciel. Je continue encore, car l'imperfection de l'&#233;criture, qui veut &#224; la fois saisir le r&#233;el et le transcender, fait qu'un livre en cours d'invention rencontre, comme le chemin un chemin plus creux, l'envie de s'approcher mieux des choses dans le livre suivant. Je tente d'&#233;lever le plus haut possible dans la litt&#233;rature l'image, non pas plane mais profonde, de notre campagne telle que, pour ma part, je la vois et la ressens.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pascal Comm&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pascal Comm&#232;re est n&#233; en 1951 dans un bourg de la C&#244;te-d'Or o&#249; il vit et travaille, sillonnant la campagne. Il se consacre aujourd'hui &#224; l'&#233;criture, alternant prose et po&#233;sie. Il collabore r&#233;guli&#232;rement &#224; quelques revues, notamment la NRF, Th&#233;odore Balmoral, Conf&#233;rence et est membre du comit&#233; de lecture de la revue Le M&#226;che-Laurier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Que ce soit dans les po&#232;mes r&#233;alistes de Lointaine approche des troupeaux &#224; v&#233;lo vers le soir (&#233;d. Folle avoine, 1996) ou dans les histoires br&#232;ves de Solitude des plantes (&#233;d. Le temps qu'il fait,1996), Pascal Comm&#232;re s'emploie &#224; d&#233;crire &#171; un petit bout de pays aux dimensions d'un timbre-poste &#187;. Il dit la gent animale, &#233;trange communaut&#233; de chevaux, de vaches, de limaces et de mouches &#8211; et la gent humaine, une soci&#233;t&#233; villageoise englu&#233;e dans son atavisme et ses habitudes, attach&#233;e &#224; sa r&#233;gion au point de faire partie du d&#233;cor, &#224; l'image des habitu&#233;s d'un bistrot : &#171; P&#233;trifi&#233;s ensemble (eux trois et leur table, la chopine et les verres) dans cette boue du temps o&#249; personne, jamais plus ne les rejoindrait, chacun levait puis reposait son verre, au m&#234;me instant ou presque &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans son dernier recueil de po&#232;mes Vessies, lanternes, autres b&#234;tes cornues (&#233;d. Obsidiane, 2000) les vaches &quot;au cul lourd&quot; sont tr&#232;s pr&#233;sentes : ce que le po&#232;te &quot;vivant dans la proximit&#233; moite des b&#234;tes&quot; nous en dit constitue comme un reportage, au temps pr&#233;sent, de la campagne fran&#231;aise. On est bien loin de la nostalgie. Au contraire, c'est toute la violence des couleurs, des odeurs. &#171; Il y a dans ses po&#232;mes quelque chose qui nous rappelle qu'on est d&#233;finitivement li&#233;s &#224; la terre, et, en cela, cousins de ces b&#234;tes qu'on &#233;l&#232;ve et qu'on tue &#187;.&lt;br:/&gt;
(d'apr&#232;s Thierry Guichard, Le Matricule des anges)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Texte de Pascal Comm&#232;re&lt;br:/&gt;
Extrait in&#233;dit de &#171; Lieuse &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;La veille, j'avais re&#231;u le dernier num&#233;ro d'une revue &#8211; trois lettres rouges pench&#233;es sur la couverture comme trois gamines se tenant par la main... Et dans ce num&#233;ro &#8211; mais le croyais-je vraiment, en &#233;tais-je s&#251;r ? &#8211; figurait une histoire et j'en &#233;tais l'auteur. De cela, je n'avais pourtant pas &#224; douter. Sur la couverture, mon nom &#233;tait &#233;crit en majuscules, contre le titre de la nouvelle. C'&#233;tait le num&#233;ro d'octobre mais, je ne sais pourquoi sinon que je vivais un peu en d&#233;cal&#233; cette ann&#233;e-l&#224;, ce num&#233;ro m'arriva en &#233;t&#233;, saison o&#249;, pass&#233;e l'exaltation des batteuses dans la chair &#224; vif des moissons, l'air un temps se reprend &#8211; quelque chose soudain retombe. Ou peut-&#234;tre avais-je v&#233;cu dans l'attente de cette publication, sans le savoir, &#224; tel point que le temps n'existait plus &#8211; comme &#224; la seconde o&#249; l'&#233;pi coup&#233; est happ&#233;, broy&#233;, entra&#238;n&#233;, frapp&#233; par le tambour -, &#224; moins que je n'eusse, l'&#233;t&#233; suivant, rev&#233;cu de m&#233;moire cette journ&#233;e. Toujours est-il que ce num&#233;ro m'accompagnait d&#233;sormais &#224; ma permanence. Entre les passages de deux paysans sur &quot;la&quot; chaise &#8211; puisque d'ordinaire il n'y en avait qu'une -, je le tirais de mon cartable. Ce n'&#233;tait plus la fameuse couverture blanche, mais un papier mat un peu jaune. Rien &#224; voir toutefois avec la couleur de la paille ici &#224; la saison des moissons, quand l'air porte d&#232;s le matin l'odeur l&#233;g&#232;rement sucr&#233;e des c&#233;r&#233;ales m&#251;res.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors les papillons revenaient, sortant du ciel une nouvelle fois. Ils rasaient les choux dans les jardins, les salades blotties &#224; terre comme des poules sous la chaleur, et toutes ces choses qui, venant des jardins, les font &#224; notre image, s&#233;rieux et m&#233;thodiques. &#8211; Cela, qui s'y peut lire, planches et all&#233;es, est une &#233;criture aussi, lourde et pesante, comme sont nos pas sur la terre. Et les traces de nos pas se m&#234;laient un instant &#224; celles des papillons dans le ciel. Papillons qui se fr&#244;laient, s'&#233;loignaient, se touchaient, repartaient, comme pour coudre ensemble le linge sans tache d'une journ&#233;e. Il arrive parfois que le monde, vu d'une fen&#234;tre, soit soudain sans tourments. Le sureau depuis toujours agripp&#233; &#224; la pierre s&#232;che se desserre du mur de la maison abritant ma permanence ; quelques m&#232;tres plus loin, les poules, dans un enclos de grillage parmi des orties, suspendent leurs ergots au-dessus de la terre battue... Ainsi &#233;tait soudain le monde, sans bruits ; du moins n'entendais-je plus les camions de la coop&#233;rative &#8211; mais peut-&#234;tre &#233;tait-ce une journ&#233;e sans moissons, du moins je le croyais -, ni les engins dans les champs occup&#233;s &#224; couper, broyer, &#233;craser. Le monde &#233;tait vide, ou plut&#244;t mes yeux n'en retenaient que ce qui le rendait palpable, un peu comme une ficelle par terre appelle soudain une m&#233;moire d'un chemin dans la poussi&#232;re.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ferdinando Camon&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ferdinando Camon est n&#233; d'une famille paysanne de la province de Padoue, en V&#233;n&#233;tie, o&#249; il vit toujours. Devenu intellectuel et &#233;crivain, il a &#233;chapp&#233; au destin de ses anc&#234;tres ; de cette rupture v&#233;cue comme une tra-hison na&#238;tra la litt&#233;rature. Sans renier son origine sociale, mais sans non plus devenir le sociologue ou le porte-parole de la paysannerie pauvre, Camon en est l'&#233;crivain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il a d'abord &#233;crit le &quot;cycle des derniers&quot; ouvert par Figure humaine (1976), poursuivi avec La vie &#233;ternelle (1977) et clos par Apoth&#233;ose (1981) - un tr&#232;s beau texte &#233;voquant la mort de sa m&#232;re - cycle qui retrace l'un des plus grands et des plus insensibles &#233;v&#232;nements de l'histoire : la fin de la civilisation paysanne, et avec elle la disparition d'un type d'homme, ainsi que d'un type de morale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Puis vient Jamais vu soleil ni lune (1996), parabole am&#232;re et f&#233;roce qui re-parcourt l'histoire d'une communaut&#233; paysanne depuis l'&#233;poque de l'occupation allemande jusqu'&#224; aujourd'hui. La communaut&#233; d&#233;cim&#233;e attend un demi-si&#232;cle pour que justice soit faite. C'est sur cet oubli qu'est en train de na&#238;tre la nouvelle Europe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;F. Camon utilise &#224; merveille un impitoyable humour noir, sans violence de ton : la violence est dans le contenu de ses r&#233;cits ; fable, satire, &#171; &#233;pop&#233;e qui conserve quelque chose de la voix collective du ch&#339;ur antique &#187;, son oeuvre est la plupart du temps &#233;crite en prose. Mais en juin prochain para&#238;tra un recueil de po&#232;mes Le silence des campagnes (&#233;d. Gallimard, Po&#233;sie).&lt;br:/&gt;
&#171; Son t&#233;moignage, sur son petit coin de terre, embl&#233;matique, reste unique, irrempla&#231;able ; il nous offre le miroir o&#249; se lit notre temps &#187;
(d'apr&#232;s Patrice Dyerval Angelini, traducteur de F. Camon).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Servitude et grandeur paysanne&lt;br:/&gt;
par Ferdinando Camon&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Chers Amis,&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai pass&#233; toute ma vie en &#233;crivant des livres, et mon argument principal a &#233;t&#233; la civilisation paysanne. Le monde paysan dont je parle, le monde de la campagne du Nord de l'Italie, a &#233;t&#233; un des plus archa&#239;ques de la terre, et de ce monde des paysans ont &#233;migr&#233; en Argentine, au Br&#233;sil, en Australie, aux Etats-Unis. Aujourd'hui je trouve plus de compr&#233;hension quand je parle en Argentine ou au Br&#233;sil qu'en Italie, parce qu'en Argentine et au Br&#233;sil les conditions sont rest&#233;es comme elles &#233;taient il y a un demi si&#232;cle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si on me demande ce qui caract&#233;rise la civilisation paysanne italienne, je r&#233;ponds : le permanent contact entre le monde d'ici et le monde de l'au-del&#224;. Il y a des trous qui mettent en communication les deux mondes, et &#224; travers ces trous on passe continuellement d'un monde &#224; l'autre. Les vivants sont de quatre esp&#232;ces : hommes, anges, diables et animaux. Les hommes, quand ils meurent, deviennent anges ou animaux, voil&#224; pourquoi on doit en avoir plus peur quand ils sont morts que quand ils sont en vie. Quand dans une famille un vieux mourait et un enfant naissait, on devait mettre au nouveau-n&#233; le nom du mort, afin que le mort ne se sente pas abandonn&#233; et oubli&#233;, sinon il se vengeait. Voil&#224; pourquoi dans les familles paysannes les noms se r&#233;p&#233;taient comme dans les monarchies. Avec les noms, les existences se r&#233;p&#233;taient, &#224; travers les g&#233;n&#233;rations. Le nouveau-n&#233; r&#233;p&#233;tait les maladies, les travaux, le service militaire, le mariage et la mort du mort.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les campagnes n'avaient pas de rapports avec les villes. Elles n'avaient pas d'information. Pas de kiosque &#224; journaux, ou de cin&#233;ma. Pas d'&#233;cole. Elles n'avaient pas de cabinet de consultation, sinon dans les petites villes. Il n'y avait pas de gendarmerie. Quand un paysan devait partir pour le service militaire, deux carabiniers venaient le prendre de la ville la plus voisine, et ils le conduisaient loin, le paysan &#224; pied et les carabiniers en motocyclette. Il semblait &#234;tre prisonnier. Partout, m&#234;me dans les plus petits pays, il y avait une paroisse. Et donc dans les campagnes il n'y avait pas d'information, pas de loi ou de films, pas d'instruction, de protection de la sant&#233;, il y avait seulement, et tr&#232;s fort, le sentiment du p&#233;ch&#233;. Les campagnes &#233;taient obs&#233;d&#233;es par le p&#233;ch&#233;. Le sentiment du p&#233;ch&#233; &#233;tait l'&#233;pine dorsale de la civilisation paysanne. Le diable &#233;tait partout, dans les maisons, dans les champs, dans les routes, dans la chambre &#224; coucher, le jour et la nuit. Dans les discours, dans les r&#234;ves aussi. La vie &#233;tait une interminable lutte contre le diable. Quand un enfant &#233;tait n&#233;, la m&#232;re ne pouvait pas se pr&#233;senter au bapt&#234;me parce qu'elle &#233;tait impure : elle avait contenu en elle un &#234;tre humain pas encore baptis&#233;, donc poss&#233;d&#233; par le diable, et on la consid&#233;rait aussi comme poss&#233;d&#233;e : &#224; la fin du bapt&#234;me, la m&#232;re pouvait entrer dans l'&#233;glise et marcher en rasant les murs, se prosterner &#224; l'autel et embrasser les gradins ; le pr&#234;tre venait et en la b&#233;nissant il la purifiait. A ce moment-l&#224; les paysans regardaient vers la porte, et la porte oscillait trois ou quatre fois, parce que le diable s'&#233;loignait irrit&#233; et vindicatif. La purification des femmes qui avaient engendr&#233; un fils a &#233;t&#233; suspendue il y a une quinzaine d'ann&#233;es. L'ob&#233;issance &#224; l'&#233;glise &#233;tait totale, dans toutes les questions, morales, militaires, &#233;conomiques, politiques, familiales. &#171; Roma locute, causa finita &#187; : quand Rome a parl&#233;, personne ne peut rien ajouter.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais la religion &#233;tait f&#233;tichisme. Quand un fils tombait malade, la m&#232;re allumait deux bougies, les mettait sur la porte de la maison, prenait le missel, le per&#231;ait, &#224; travers le trou faisait passer une ficelle reli&#233;e &#224; la clef de la maison : la clef reposait sur les pages du missel que la m&#232;re lisait lentement : si le fils &#233;tait destin&#233; &#224; la gu&#233;rison, la clef sautait, si la clef ne sautait pas, le fils &#233;tait mourant et la m&#232;re s'&#233;vanouissait. Un jour par semaine, dans les campagnes, le pr&#234;tre pratiquait les exorcismes. Les femmes poss&#233;d&#233;es par le diable (il s'agissait toujours de femmes) &#233;taient emmen&#233;es par la famille &#224; l'&#233;glise. Le pr&#234;tre b&#233;nissait la femme, il se faisait donner l'oreiller sur lequel la femme posait la t&#234;te quand elle dormait, avec une fourche il le per&#231;ait et le battait, jusqu'&#224; ce que toutes les plumes aient vol&#233; au dehors. Alors il le restituait, afin qu'il f&#251;t rempli de nouvelles plumes. Les vieilles plumes &#233;taient les diables qui avaient fui.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;S&#233;par&#233;e et isol&#233;e, la campagne a souffert d' injustices terribles, et la nation, l'&#233;tat, n'ont jamais pens&#233; &#224; lui rendre justice. Il y a des massacres qui attendent d'&#234;tre expos&#233;s devant un tribunal depuis soixante ans. Vous connaissez le probl&#232;me qui va sous le nom de &quot;tropicalisation de l'homme blanc&quot; : il explique pourquoi des europ&#233;ens chr&#233;tiens, arriv&#233;s dans l'Am&#233;rique qui venait d'&#234;tre d&#233;couverte par Cristoforo Colombo, s'abandonnaient &#224; des massacres d'une extr&#234;me cruaut&#233;. Dans l'Italie paysanne la m&#234;me histoire s'est r&#233;p&#233;t&#233;e avec l'occupation allemande : il y a des pays dans lesquels deux cents personnes ont &#233;t&#233; fusill&#233;es, ou trois cents, et un pays qui a perdu six cents personnes, tous les habitants. Parce que les occupants sentaient que dans la campagne ils &#233;taient hors de l'histoire, hors de la m&#233;moire &#233;crite, et que l'Italie ne s'occuperait jamais de ces crimes-l&#224;. J'ai &#233;crit un roman sur les massacres dans les campagnes (le titre en fran&#231;ais est &quot;La vie &#233;ternelle&quot;), le roman a &#233;t&#233; traduit en Allemagne aussi. L'Allemagne a organis&#233; un proc&#232;s contre le chef allemand, et au proc&#232;s le livre &#233;tait un document &#224; charge, dans les deux langues, allemande et italienne ; la nuit avant le proc&#232;s le chef allemand est mort d'un infarctus. J'ai dit au quotidien &quot;Lib&#233;ration&quot; que je sentais ce roman-l&#224; comme &quot;un coup de fusil, tir&#233; de la campagne italienne sur l'Allemagne, afin de frapper au c&#339;ur un ennemi de mes gens&quot;. Un autre soldat allemand, d'une compagnie qui s'&#233;tait install&#233;e dans nos villages, une compagnie qui avait tu&#233; cinquante six personnes en dix mois, une partie fusill&#233;s, une partie pendus, cinquante ans apr&#232;s ses crimes est retourn&#233; dans ce pays parce qu'il d&#233;sirait &quot;&#234;tre f&#234;t&#233;&quot;. Il avait compl&#232;tement oubli&#233; ses crimes. J'ai &#233;crit un roman sur l'oubli de ces crimes dans les campagnes, le titre en est &quot;Jamais vu soleil ni lune&quot;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Celui qui avait pendu des paysans sentait qu'il avait travaill&#233; dans une lande d&#233;serte, sans histoire, sans journaux, sans m&#233;moire, et que donc jamais, &#224; personne, il n'aurait &#224; r&#233;pondre de ses crimes. Il en est ainsi h&#233;las. A Rome, au minist&#232;re de la justice, il y a une armoire &#171; tourn&#233;e vers le mur &#187; : elle contient les fascicules des massacres jamais pass&#233;s en jugement. Pour la plus grande partie, il s'agit de massacres dans les campagnes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Puisque les campagnes &#233;taient des &#238;les de conservation, de tradition, de religion, de sens de la famille, du dialecte, il y a des intellectuels, tr&#232;s grands comme Pier Paolo Pasolini, qui ont soutenu que le monde paysan devait rester tel qu'il &#233;tait, et qu'il ne devait jamais devenir bourgeois. Pasolini avait envers les paysans la m&#234;me consid&#233;ration que l'&#233;glise a envers les saints. L'humanit&#233; p&#232;che tous les jours, elle commet une quantit&#233; innombrable de p&#233;ch&#233;s, et pourquoi donc Dieu ne l'extermine-t-il pas ? Parce qu'il y a les saints. Les saints avec leurs m&#233;rites, bloquent la col&#232;re de Dieu. La m&#234;me explication, selon Pasolini, fonctionne pour les paysans. L'humanit&#233; d&#233;g&#233;n&#232;re, elle va vers une histoire non-humaniste, elle ne va pas vers une bonne relation des hommes avec les hommes et avec la nature. L'histoire va vers la perdition. Mais il y a les paysans, les oasis de civilisation paysanne, avec les cloches, avec l'Ave Maria du soir, l'Angelus, le culte des morts : les campagnes peuvent sauver l'humanit&#233; de la folie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais les paysans italiens voulaient hier ce que les paysans du Tiers et du Quatri&#232;me monde veulent aujourd'hui : participer au bien-&#234;tre produit par le progr&#232;s. Le plus grand ph&#233;nom&#232;ne social italien, dans la seconde moiti&#233; du si&#232;cle pass&#233;, a &#233;t&#233; l'&#233;migration des paysans de la campagne du Nord de l'Italie et du Sud, et des &#238;les, vers ce qu'on appelle &quot;le triangle industriel&quot;, Milan-Turin-G&#234;nes. Dans les m&#233;tropoles ils ont perdu la culture paysanne, et ils ne se sont jamais appropri&#233; la culture urbaine. Ils sont devenus des &quot;sans culture&quot;. Les fils, abandonn&#233;s dans les campagnes, n'ont pas h&#233;rit&#233; la culture des p&#232;res. La g&#233;n&#233;ration des fils n'a rien &#224; faire avec la g&#233;n&#233;ration des p&#232;res, et les campagnes d'aujourd'hui n'ont rien &#224; faire avec les campagnes d'hier. Une civilisation est morte. Avec cette civilisation une id&#233;e de la famille est morte, de l'homme, de Dieu, de l'Eglise, du travail, de la hi&#233;rarchie. Dans les familles le pouvoir &#233;tait d&#233;tenu par les vieux, parce que les vieux &#233;taient titulaires de tout : si on devait acheter un tracteur, c'est le vieux qui devait signer le contrat, et puisque la main du vieux tremblait, les mains des fils la bloquaient. La fin de la civilisation paysanne a commenc&#233; avec la fin de l'autorit&#233; des vieux, c'est &#224; dire avec la prolif&#233;ration des asiles de vieillards. Les familles vivent sans vieillards, et les vieillards meurent sans famille. En &#233;crivant la vie, la grandeur et les mis&#232;res de la civilisation paysanne, j'ai pens&#233;, quelquefois, faire de l'arch&#233;ologie. Mais puisque l'Italie, comme toute l'Europe, est remplie de nouveaux paysans, bouviers, travailleurs des champs, qui arrivent ici et qui ont abandonn&#233; les campagnes et les villages mis&#233;rables de l'Afrique, du Sud de l'Am&#233;rique, de l'Asie, je les regarde et je pense qu'ils traverseront les m&#234;mes changements que les paysans italiens d'hier, ils perdront leur id&#233;e de l'homme, du travail, de la famille, de Dieu, de l'argent, et lentement leur culture. Notre r&#233;cent pass&#233; est donc le futur de tout une partie de l'humanit&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marian Pilot&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Marian Pilot est &#233;crivain et sc&#233;nariste ; il est l'un des repr&#233;sentants de ce qui est appel&#233; en Pologne le &quot;courant rural&quot; dans la litt&#233;rature. Il est le r&#233;dacteur en chef de la revue &quot;Regiony&quot; (consacr&#233;e &#224; la ruralit&#233;) et il travaille pour le magazine &quot;Forum&quot;, &#233;quivalent polonais du Courrier international, o&#249; il s'occupe du domaine russophone. Il est par ailleurs sp&#233;cialiste de litt&#233;rature russe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De nombreux &#233;l&#233;ments ont fait que le XXe si&#232;cle devint, vers sa fin, t&#233;moin des tendances et aspirations inattendues et inesp&#233;r&#233;es. Et voil&#224; que renaissent des minorit&#233;s diverses, que s'&#233;veillent aussi bien des groupes ethniques que des communaut&#233;s d&#233;tach&#233;es par le souffle de l'histoire du tronc commun de la nation dont le ciment est la langue, la coutume, la confession et parfois m&#234;me le culte vou&#233; &#224; un personnage charismatique.&lt;br:/&gt;
Quelle est la raison de ce retour inattendu, et parfois violent dans son expression, vers ce qui, consid&#233;r&#233; en son temps comme synonyme de= la campagne profonde, fut, para&#238;t-il, une fois pour toutes rejet&#233;, m&#233;pris&#233; et raill&#233; ? On peut estimer que ce retour est le r&#233;sultat de la fragilit&#233; de plus en plus ressentie &#8211; consciemment ou inconsciemment &#8211; des structures de notre civilisation. Celle-ci eut son heure de confiance orgueilleuse en ses possibilit&#233;s, que l'on croyait illimit&#233;es. Cette vanit&#233; et cet orgueil c&#233;d&#232;rent la place &#224; un doute profond, mettant en question non seulement sa future &#233;volution mais la possibilit&#233; m&#234;me de sa survie. Il y a suffisamment de preuves t&#233;moignant que notre civilisation, tout en touchant les &#233;toiles, s'appuie sur un fondement incroyablement fragile.
La culture qui s'y entrem&#234;le - avec sa capacit&#233; de production fi&#233;vreuse et sa r&#233;action &#224; des impulsions m&#234;me al&#233;atoires, surtout &#224; des fr&#233;missements du march&#233; - servilement envahi par des &quot;produits culturels&quot; m&#233;diocres, &#224; usage unique, semble &#234;tre plus fragile encore. Les supports puissants de l'information, touchant les endroits les plus &#233;loign&#233;s du globe, suite aux manipulations, issues de croisements des tendances de diff&#233;rents groupes de pression, ne communiquent que de la camelote, an&#233;antissant toutes les valeurs. C'est ce paysage, terriblement ravag&#233;, qui arracha le cri de la bouche de Czes&#322;aw Milosz, v&#233;n&#233;rable laur&#233;at du prix Nobel de litt&#233;rature, persuad&#233; que si on peut encore faire quoi que ce soit, on ne peut le faire que pour son propre village.&lt;br:/&gt;
Cet &#233;crivain, dont on peut dire non sans fondement qu'il mit la main &#224; la construction de ce syst&#232;me global de civilisation, ressent aujourd'hui une nostalgie de plus en plus forte d'une culture situ&#233;e &#224; l'oppos&#233; de cette super culture f&#233;brile, culture bien assise dans le temps et dans le lieu, sobre et rude, qualifi&#233;e avec perspicacit&#233; de culture irr&#233;versible, donc r&#233;sistante aux chocs, capable d'exister parmi les cataclysmes et de rena&#238;tre d'un seul grain t&#233;moin. En un mot, la culture qui apporte une tr&#234;ve infaillible.&lt;br:/&gt;
Telle est, parmi d'autres, la culture paysanne, la culture-m&#232;re, selon la belle formule de Henryk Bereza, toute notre culture. Elle s'est d&#233;velopp&#233;e durant des si&#232;cles &#224; l'ombre d'une autre culture, plus brillante, pour ne pas dire plus orgueilleuse, la culture nobiliaire, pr&#233;tendant au r&#244;le de la culture unique de notre peuple. La culture paysanne souffrait d'un complexe d'inf&#233;riorit&#233; ou de manque total de valeur, vu que la condition sine qua non de ce qu'on appelait &quot;la promotion sociale&quot; consistait toujours &#224; renier l'h&#233;ritage paysan et la tradition paysanne.&lt;br:/&gt;
Et pourtant &#8211; on ne peut pas ne pas redire cette v&#233;rit&#233; &#8211; il n'y pas de cultures sup&#233;rieures et inf&#233;rieures, meilleures ou moins bonnes, il n'y a que des cultures plus ou moins efficaces, servant plus ou moins leurs usagers. Conform&#233;ment &#224; un tel crit&#232;re, il n'y a pas lieu de sous-estimer la culture paysanne polonaise. C'est elle qui d&#233;fendit et rendit &#224; la polonit&#233; les masses de notre peuple demeur&#233; paysan durant toute son histoire ; c'est elle qui donna la force de vivre aux hommes presque totalement priv&#233;s de droits humains et d&#233;pourvus de bases d'existence. La puissance de la culture, capable de donner sens &#224; la vie d'un paysan asservi, condamn&#233; &#224; la mis&#232;re et &#224; l'avilissement, donnait ainsi la preuve de sa p&#233;rennit&#233;, v&#233;ritablement in&#233;branlable durant des si&#232;cles.
La culture originelle de notre peuple n'a rien perdu de sa force cr&#233;atrice. En abandonnant &#8211; sous nos yeux et par notre faute &#8211; ses premiers porteurs, la culture paysanne vit une grande transformation depuis quelques d&#233;cennies. C'est un processus compliqu&#233;, difficile et dangereux. L'alternative &#224; cette n&#233;cessit&#233; de transformation fut tout simplement l'an&#233;antissement, il y avait m&#234;me des moments o&#249; cette perspective &#233;tait tr&#232;s r&#233;elle. L'ancienne campagne patriarcale disparaissant devant nos yeux, les paysans se transformaient en producteurs d'aliments, les habitants qui quittaient la campagne devenaient, suivant la d&#233;finition de saint Paul, des hommes sine patre, sine matre, sine genealogia.&lt;br:/&gt;
Ce n'est certainement pas le premier cas dans l'histoire o&#249; une culture, vou&#233;e &#224; la disparition, rayonne d'un &#233;clat que personne ne soup&#231;onnait aux temps de son &#233;panouissement, aux temps o&#249; ses porteurs &#233;taient compt&#233;s par millions. Les valeurs de la culture paysanne traditionnelle &#224; l'&#233;poque de son cr&#233;puscule furent de plus en plus remarqu&#233;es et appr&#233;ci&#233;es par des hommes originaires de la campagne, aux ambitions cr&#233;atrices, qui de m&#234;me que Czeslaw Milosz, furent d&#233;courag&#233;s et gris&#233;s par la m&#233;diocrit&#233; et la st&#233;rilit&#233; de la culture uniformis&#233;e dans sa version globale. Le retour aux origines d'une pl&#233;iade de po&#232;tes, romanciers, essayistes, historiens et chercheurs de la culture, se manifesta par de nombreuses &#339;uvres, qui ont laiss&#233; une empreinte sur la litt&#233;rature polonaise des derni&#232;res d&#233;cennies du si&#232;cle pass&#233;. Les cr&#233;ateurs du &quot;courant paysan&quot; comme l'ont appel&#233; les critiques, ont entrepris l'effort d'identifier les &#233;l&#233;ments importants de la culture paysanne, de p&#233;n&#233;trer au c&#339;ur de la vision paysanne du monde, de sa fa&#231;on de penser et de son expression linguistique. On peut dire que ces &#233;crivains ne d&#233;crivent pas le monde rural mais - plong&#233;s dans la culture paysanne, s'identifiant avec la campagne et ses indig&#232;nes - expriment la campagne. Ce fut une p&#233;riode &#233;tal&#233;e dans le temps, de d&#233;couverte d'une autre beaut&#233;, d'une autre philosophie du destin de l'homme et d'une autre langue, vivante, brisant la langue fig&#233;e et rigide de la litt&#233;rature d'origine nobiliaire et intellectuelle. Les &#233;crivains paysans &#8211; citons les noms de quelques-uns : Julian Przybo&#347;, Stanis&#322;aw Pi&#281;tak, Tadeusz Nowak, Wies&#322;aw My&#347;liwski, Edward Redli&#324;ski &#8211; ont d&#233;voil&#233; &#224; eux-m&#234;mes et &#224; leurs lecteurs les valeurs inconnues et insoup&#231;onn&#233;es. Dans la confrontation avec la civilisation contemporaine, les valeurs universelles de la culture paysanne commenc&#232;rent &#224; se faire jour, culture qui &#8211; comme en t&#233;moignent les &#339;uvres des &#233;crivains du courant paysan &#8211; s'av&#233;ra &#234;tre l'un des espaces les plus riches et les plus f&#233;conds de la culture polonaise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces &#233;crivains r&#233;ussirent &#224; faire quelque chose pour leur village et pas seulement pour lui.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Marian Pilot&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Georges Ravis-Giordani&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Georges Ravis-Giordani est ethnologue, professeur &#233;m&#233;rite &#224; l'Universit&#233; de Provence. Il est au c&#339;ur des recherches actuelles d'ethnologie sur la Corse. Il participe &#224; l'&#233;laboration d'un Atlas ethno-historique de la Corse et sa th&#232;se d'&#233;tat Bergers corses : les communaut&#233;s villageoises du Niolu vient d'&#234;tre r&#233;&#233;dit&#233;e chez Albiana.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Voici ce qu'&#233;crit G. Ravis-Giordani dans l'avant-propos et dans la pr&#233;face &#224; la seconde &#233;dition de Bergers corses, qui nous donne des indications sur sa fa&#231;on de concevoir son travail d'ethnologue :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; A l'origine lointaine de ce travail il y a sans doute une enfance marqu&#233;e par un grand-p&#232;re qui me racontait tour &#224; tour ses aventures de marin au long cours et sa jeunesse de paysan corse. Pendant pr&#232;s de vingt ans, les courants de la vie me tinrent loin de la Corse, &#224; quelques rares s&#233;jours pr&#232;s. J'y revins de plus en plus souvent &#224; partir de 1960. Peu &#224; peu &#224; travers une premi&#232;re enqu&#234;te sur les araires, puis sur le cycle pascal, l'id&#233;e prit corps &#8211; dont je ne vis pas d'abord toutes les racines, ni toutes les cons&#233;quences, de choisir en Corse un terrain pour un travail plus ample. Le choix du Niolu se fit apr&#232;s plusieurs s&#233;jours dans l'&#238;le. J'arrivai en 1971 au Niolu, et s&#233;journais trois semaines &#224; la bergerie de Binadelli. De l&#224; je passai &#224; la bergerie de Vaccaghja. Gr&#226;ce &#224; tous les contacts nou&#233;s quand je redescendis dans les villages, quelques semaines plus tard, j'avais d&#233;j&#224; une premi&#232;re connaissance technique et linguistique du m&#233;tier de berger, qui me permettait d'appara&#238;tre, dans les contacts ult&#233;rieurs, comme un interlocuteur &#224; peu pr&#232;s acceptable. J'ai &#233;prouv&#233; bien souvent par la suite qu'on n'enseigne qu'&#224; ceux qui savent d&#233;j&#224; un peu. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Les contacts pris dans les montagnes, non seulement &#224; Binadelli et &#224; Vaccaghja, mais dans d'autres bergeries, facilit&#232;rent mes premiers pas ethnographiques dans les villages. J'&#233;tais bien souvent connu avant de me pr&#233;senter et la difficult&#233; fut quelquefois de me faire reconna&#238;tre pour ce que j'&#233;tais ; les uns me prenaient pour un arch&#233;ologue, d'autres pour un g&#233;ographe ou un historien. Ce n'&#233;tait pas le plus pr&#233;occupant. Dans un pays que l'on dit en tout partag&#233; par les rivalit&#233;s de factions politiques ou &#171; clans &#187;, je craignais d' &#234;tre l'otage de mes premiers contacts : suspect aux uns parce que familier des autres. Or je dois dire que je ne fis jamais les frais d'aucune rivalit&#233;, d'aucune inimiti&#233; personnelle ou collective, et ce fut un des premiers d&#233;mentis que le terrain infligea &#224; mes id&#233;es pr&#233;con&#231;ues sur la Corse. Je compris plus tard que ma position d'&#233;tranger au pays m'accordait le b&#233;n&#233;fice de la neutralit&#233; mais m'en imposait aussi la r&#233;serve. L'accueil qui me fut fait au Niolu fut celui d'un consensus communautaire fixe &#224; l'&#233;gard d'un &#233;tranger. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Il faut que j'&#233;voque une r&#232;gle qu'&#224; tort ou &#224; raison je m'&#233;tais donn&#233;e d&#232;s le d&#233;but de ma recherche : celle de ne privil&#233;gier, parmi les gens que je rencontrerais, aucun t&#233;moin &#233;rudit et de m'appuyer d'abord sur les gestes et les discours de ceux qu'avec Pierre Sansot on pourrait appeler &#171; les gens de peu &#187;, et qui &#233;taient ceux que je fr&#233;quentais journellement. Je tenais &#224; me frayer mon chemin au travers des observations et des propos recueillis &#224; partir d'un &#233;coute &#171; flottante &#187;, ouverte &#224; toutes les sollicitations et par l&#224;, quelquefois, &#233;puisante. J'ai utilis&#233; mod&#233;r&#233;ment le magn&#233;tophone et la cam&#233;ra, surtout au d&#233;but, ce qui impliquait un travail de m&#233;morisation et de longues heures nocturnes pass&#233;es &#224; noter non seulement ce que j'avais vu ou entendu dans la journ&#233;e mais aussi dans quel contexte, dans quelle ambiance. Je dois &#224; cette d&#233;marche quelques acc&#232;s de d&#233;couragement mais aussi quelques moments d'intense et lumineuse &#233;motion intellectuelle quand le hasard d'une conversation , l'irruption d'un incident m'ouvrait, d'un coup, des perspectives insoup&#231;onn&#233;es. Peu &#224; peu ma connaissance du parler niolin et du vocabulaire s'affermissant, la familiarit&#233; avec les uns ou les autres s'approfondissait en v&#233;ritable amiti&#233; et connivence.&lt;br:/&gt;
Au cours de la r&#233;daction, au souvenir de d&#233;tails d'atmosph&#232;re je d&#233;sesp&#233;rais bien souvent de parvenir &#224; rendre la gr&#226;ce ou la rudesses des &#234;tres, la couleur des moments d'&#233;motion, de travail ou de divertissement que j'ai pu partager avec eux. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Cette rencontre a &#233;t&#233; programm&#233;e lors des &quot;Reflets du Cin&#233;ma&quot; organis&#233;s chaque ann&#233;e par l'association ATMOSPHERES 53. Cette ann&#233;e l&#224; le th&#232;me retenu &#233;tait : &quot;Terres d'ici et d'ailleurs&quot;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>ECRIRE LA VIE RURALE AUJOURD'HUI .2.</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jacques</dc:creator>



		<description>Les d&#233;bats sont orchestr&#233;s par Claude-Jean Launay autour de quatre grandes th&#233;matiques : 1. Des racines, une terre 2. Questions de m&#233;thodologie 3. Styles 4. Diversit&#233; des mondes paysans 1. DES RACINES, UNE TERRE G. Ravis-Giordani, ethnologue Je suis venu &#224; l'ethnologie &#224; travers la philosophie dans la mesure o&#249;, dans les ann&#233;es 60, le marxisme &#233;tait l'id&#233;ologie philosophique dominante dans les universit&#233;s et o&#249; c'&#233;tait l'id&#233;ologie que j'avais embrass&#233;e. (...)

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&lt;a href="http://colporteur.mathien.net/spip.php?rubrique2" rel="directory"&gt;02. Paysages litt&#233;raires&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les d&#233;bats sont orchestr&#233;s par Claude-Jean Launay autour de quatre grandes th&#233;matiques :&lt;BR/:&gt;
1. Des racines, une terre
2. Questions de m&#233;thodologie
3. Styles
4. Diversit&#233; des mondes paysans&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. DES RACINES, UNE TERRE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;G. Ravis-Giordani, ethnologue&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Je suis venu &#224; l'ethnologie &#224; travers la philosophie dans la mesure o&#249;, dans les ann&#233;es 60, le marxisme &#233;tait l'id&#233;ologie philosophique dominante dans les universit&#233;s et o&#249; c'&#233;tait l'id&#233;ologie que j'avais embrass&#233;e. C'&#233;tait aussi l'&#233;poque qui a connu le d&#233;veloppement imp&#233;tueux des sciences humaines, des sciences sociales, de l'ethnologie, de l'anthropologie, l'&#233;poque o&#249; L&#233;vi-Strauss marquait les esprits. Ainsi l'ethnologie &#233;tait une sorte de prolongement naturel de ce que la philosophie, qu'elle soit marxiste ou existentialiste, pouvait donner envie de d&#233;couvrir.&lt;BR/:&gt; Donc, je me suis dit qu'il faut faire redescendre la philosophie sur la terre. Sur la terre, il y a des ouvriers, il y a des paysans, il y a des bergers. C'est vers ceux-l&#224; qu'il faut aller pour comprendre, quitte &#224; remonter peut-&#234;tre plus tard vers les concepts philosophiques, ce que je n'ai finalement jamais fait.&lt;BR/:&gt; Maintenant, pourquoi la Corse ? L&#224;, il y a eu &#224; la fois un concours de circonstances et des motivations tr&#232;s personnelles.&lt;BR/:&gt; Le concours de circonstances : j'&#233;tais enseignant &#224; ce moment-l&#224; dans le Midi de la France. Or, &#224; Aix-en-Provence o&#249; je travaillais, on &#233;tait davantage tourn&#233; vers la sociologie, l'histoire, la g&#233;ographie, l'ethnologie de la M&#233;diterran&#233;e.&lt;BR/:&gt; Il se trouvait aussi que j'&#233;tais corse par ma m&#232;re et que j'avais &#233;t&#233; plus &#233;lev&#233; par mon grand-p&#232;re que par mon p&#232;re qui &#233;tait navigateur. Mon grand-p&#232;re me racontait sa vie : il avait &#233;t&#233; lui-m&#234;me marin, mais avait quand m&#234;me v&#233;cu en Corse son enfance et sa premi&#232;re jeunesse. Je crois que j'ai assimil&#233; toute une s&#233;rie de choses comme cela, dont je me souviens encore.&lt;BR/:&gt; De petits d&#233;tails : il me racontait comment, quand avec d'autres jeunes ils avaient envie de se faire un bon repas, ils allaient voler un cabri dans l'enclos d'un berger, mais en laissant l'argent du cabri. Par apr&#232;s ils disaient au berger : &#8220; Nous t'avons pris un cabri &#8221;. Bien s&#251;r, ils l'avaient choisi eux-m&#234;mes, d&#233;tail sur lequel tout le monde s'entendait.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Le probl&#232;me s'est pos&#233; ensuite, intellectuellement : comment m'ins&#233;rer dans le courant collectif d'ethnologie de la M&#233;diterran&#233;e ? J'ai opt&#233; pour la Corse : je connaissais un peu la langue, j'avais des entr&#233;es, puisque des membres de ma famille y habitaient encore.&lt;BR/:&gt; Mais il y avait d'autres raisons. Nous &#233;tions en 1968, il y avait le mouvement du Larzac et tout ce retour id&#233;ologique, &#224; la fois g&#233;n&#233;reux et un peu abstrait, du retour vers des racines. Et pour moi, c'&#233;tait une fa&#231;on de renouer avec une histoire qui avait &#233;t&#233; interrompue au niveau de mon grand-p&#232;re.&lt;BR/:&gt; Et l&#224;, il faut peut-&#234;tre que je dise quelque chose qui a compt&#233; : mon grand-p&#232;re &#233;tait parti de Corse parce qu'il &#233;tait enfant naturel. C'&#233;tait une &#233;poque o&#249; &#234;tre b&#226;tard n'&#233;tait pas facile dans un village. Sa m&#232;re avait eu cet enfant &#224; l'&#226;ge de seize ans. Elle avait &#233;t&#233; employ&#233;e chez un monsieur, c'est de ses &#339;uvres qu'elle avait eu l'enfant. Sa famille l'avait envoy&#233;e travailler dans la grande ville proche, Bastia. On avait gard&#233; l'enfant. J'ai d&#233;couvert il y a quelques ann&#233;es que mon grand-p&#232;re &#233;tait port&#233; sur le recensement qui suivait sa naissance comme le fils de son grand-p&#232;re ! Tellement la honte &#233;tait forte. Il m'a racont&#233; qu'&#224; dix ans il avait d&#233;j&#224; compris que sa place n'&#233;tait plus dans ce village, parce qu'il n'avait droit &#224; rien. Il avait &#233;t&#233; &#233;lev&#233; avec bont&#233;, avec g&#233;n&#233;rosit&#233; et avait, du reste, gard&#233; des liens tr&#232;s &#233;troits avec des parents de son &#226;ge. Mais il savait qu'il fallait qu'il aille ailleurs. Donc, &#224; douze ans, il est parti s'embarquer comme marin, et il a fait sa vie de marin &#224; Marseille. Ma m&#232;re est n&#233;e, je suis n&#233; aussi.&lt;BR/:&gt; Voil&#224; comment se construit un itin&#233;raire. Tout &#224; l'heure, je pourrai peut-&#234;tre dire comment j'ai construit cet itin&#233;raire plus intellectuellement, comment je suis arriv&#233; &#224; &#233;crire. Mais les raisons ont &#233;t&#233; cela : des racines, comme pour beaucoup de gens, mais aussi la volont&#233; de renouer une histoire qui avait &#233;t&#233; brutalement et injustement interrompue.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pascal Comm&#232;re, po&#232;te bourguignon&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	J'ai &#233;t&#233; longtemps &#224; ne pas savoir que j'&#233;tais &#8220; po&#232;te &#8221; &#8211; bien que je n'aime pas trop dire cela, parce qu'on n'en est jamais s&#251;r, que c'est les autres qui le disent. Surtout que j'&#233;crivais sur la terre. Il me semblait que j'&#233;crivais ce que je devais &#233;crire. Maintenant j'en suis conscient parce qu'on me l'a fait remarquer. Et puis on vous &#233;tiquette, on vous met des genres. Pendant longtemps je n'ai pas su pourquoi. Parce que la terre qui &#233;tait autour de moi, c'&#233;tait le cas de le dire, c'&#233;tait cette ruralit&#233; parmi laquelle je vivais, parmi laquelle j'avais toujours v&#233;cu, dont je me suis &#233;loign&#233; avec l'adolescence en allant m'installer en ville.&lt;BR/:&gt; De la ville, tr&#232;s vite, j'ai &#233;crit sur cette civilisation paysanne, rurale. Les circonstances ont fait que je suis revenu m'installer dans mon village, et dans ma maison quasiment natale.&lt;BR/:&gt; L&#224;, on voit que tout est plus profond et pas si facile &#224; expliquer, ni m&#234;me &#224; vivre au jour le jour. Ce n'est pas si facile de vivre sur les lieux de ses racines, m&#234;me si cela d&#233;note un attachement des liens tr&#232;s fort. Voil&#224;, ma petite histoire, c'est cela.&lt;BR/:&gt; Apr&#232;s, je me suis &#233;videmment souvenu que j'avais pass&#233; toute mon enfance dans les fermes, et vraiment dans les fermes, au cul des b&#234;tes. Il y a une attache avec ce monde-l&#224;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Claude-Jean Launay rappelle que dans son adolescence Pascal Comm&#232;re avait &#233;t&#233; jockey, qu'il a &#233;crit un tr&#232;s beau livre, Le grand tournant, une esp&#232;ce d'autobiographie sur l'apprentissage de jockey, les chevaux et tout ce qui tourne autour. Il confirme sa qualit&#233; de po&#232;te, m&#234;me quand il &#233;crit en prose.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Bien s&#251;r, en ce qui concerne la s&#233;paration des genres, je ne suis pas du tout persuad&#233; que la po&#233;sie soit dans ce qu'on appelle &#8220; po&#232;me &#8221; en g&#233;n&#233;ral, c'est-&#224;-dire dans le fait de revenir tout le temps &#224; la ligne. Evidemment qu'il y a une certaine prose qui est porteuse de po&#233;sie. Je ne me perds pas &#224; dissocier les genres.&lt;BR/:&gt; Pour ce qui est de mon attache aux chevaux, c'est une attache aussi profonde puisque &#231;a vient de mes origines paternelles : mon p&#232;re &#233;tait jockey. Tout petit d&#233;j&#224;, j'ai voulu prendre sa place.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ferdinando Camon, &#233;crivain italien&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Je suis n&#233; dans un petit pays de la r&#233;gion v&#233;nitienne. Donc je suis n&#233; dans l'archa&#239;que et immortelle civilisation paysanne.&lt;BR/:&gt; La civilisation paysanne que j'ai connue a peu &#224; faire avec la civilisation paysanne de la Normandie et de la campagne fran&#231;aise. Elle a beaucoup &#224; faire avec la civilisation paysanne de l'Argentine, du Br&#233;sil, de la meseta espagnole et des pays d'Europe de l'Est. C'&#233;tait une civilisation immobilis&#233;e, qui n'avait pas de kiosques &#224; journaux. Les &#233;coles primaires &#233;taient rares. On parlait seulement le dialecte, et cela nous s&#233;parait du reste de la nation. Lorsqu'un homme de la ville venait dans nos campagnes, il ne pouvait pas nous comprendre.&lt;BR/:&gt; La civilisation paysanne v&#233;nitienne &#233;tait caract&#233;ris&#233;e par un tr&#232;s fort catholicisme qui avait des formes de f&#233;tichisme : on faisait des processions pour avoir la pluie, pour faire cesser la pluie, contre la temp&#234;te. Il y avait, comme en Sicile, en Calabre, dans les Pouilles, la terreur quotidienne du Diable. Le grand personnage qui a unifi&#233; ces r&#233;gions paysannes est le Diable. La civilisation paysanne vivait avec la conviction qu'il y avait toujours un rapport entre le monde d'ici et le monde de l'au-del&#224;. Alors on donnait le nom du grand-p&#232;re mort au nouveau-n&#233;. Les messes pour les morts &#233;taient terrifiantes, en langue latine &#8211; que le paysan ne comprenait pas. On ne savait pas o&#249; se trouvait le mort, s'il &#233;tait devenu un ange ou un diable. Car les habitants du monde &#233;taient de quatre esp&#232;ces : hommes, anges, diables et animaux. Mais il y a toujours des passages d'une esp&#232;ce &#224; l'autre. Ainsi, quand un taureau devient furieux et qu'il s'appr&#234;te &#224; te donner un coup de corme, tu regardes dans son &#339;il et tu te demandes : &#8220; Qui est dans cet animal ? Mon grand-p&#232;re ? Mon arri&#232;re-grand-p&#232;re ? &#8221;&lt;BR/:&gt; La civilisation paysanne est organis&#233;e pour demeurer pour l'&#233;ternit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Le grand traumatisme de ma vie a &#233;t&#233; la mort de la civilisation paysanne. Je croyais qu'il s'agissait d'une conditionnelle &#233;ternelle. J'ai fait un livre dont le titre est La vie &#233;ternelle. Et j'ai vu que la condition paysanne est morte, et elle est morte parce qu'un grand &#233;v&#233;nement a produit des changements radicaux dans notre pays : la grande pauvret&#233; des r&#233;gions paysannes a provoqu&#233; une migration interne des r&#233;gions de la V&#233;n&#233;tie, de la Sicile, de la Sardaigne, de la Calabre, de l'Apulie, de la Lucanie vers les grandes zones industrielles du Nord-Ouest, vers ce que nous appelons le &#8220; triangle industriel &#8221; de Milan, G&#234;nes, Turin. Les habitants des campagnes sont all&#233;s travailler dans le triangle industriel et ont compl&#232;tement perdu leur culture paysanne. Ils n'ont jamais compris ce qu'est un syndicat. Ils ne se sont jamais inscrits dans les syndicats de gauche ou du centre &#8211; il n'y a pas de syndicats de droite. Ils sont rest&#233; dans les grandes fabriques durant des d&#233;cennies. Pendant ce temps, les campagnes &#233;taient abandonn&#233;es, il n'y restait que les femmes et les fils. Alors la civilisation paysanne est morte parce qu'on a coup&#233; le fil de la tradition, c'est-&#224;-dire la consigne de l'&#233;ducation et de la morale donn&#233;e du p&#232;re au fils. Les p&#232;res &#233;taient absents tr&#232;s longtemps, et les fils ont appris une culture venue de la ville et de la t&#233;l&#233;vision. Et &#224; la fin du boom industriel, lorsque les p&#232;res sont revenus, la campagne &#233;tait compl&#232;tement diff&#233;rente, et les vieux avaient perdu toute importance, alors que traditionnellement, les personnages les plus importants &#233;taient les vieux, d&#233;tenteurs de tout le pouvoir, de tous les champs, de toutes les maisons. Avec le retour des fils qui avaient &#233;t&#233; ouvriers dans les grandes m&#233;tropoles, les vieux ont &#233;t&#233; abandonn&#233;s dans les hospices o&#249; ils mouraient sans famille, alors que les familles restaient sans vieux.&lt;BR/:&gt; Avec la civilisation paysanne est mort un type d'homme, un type de famille, un type de religion, un type de morale sociale, et toute la vie est chang&#233;e. Je pense que rien du catholicisme d'aujourd'hui n'est compatible avec le catholicisme d'il y a cinquante ans. Le Dieu catholique d'aujourd'hui et le Dieu catholique d'il y a cinquante ans s'excommunient mutuellement. L'id&#233;e de la gr&#226;ce, l'id&#233;e du p&#233;ch&#233;, celle de la vertu, celle de l'ob&#233;issance des fils aux p&#232;res et aux grands-p&#232;res, l'id&#233;e du travail, de l'&#233;pargne, tout a chang&#233;. Il y a une autre religion, une autre &#233;ducation, une autre &#233;glise.&lt;BR/:&gt; Dans les campagnes d'alors, il y avait aussi la grande terreur des travailleurs, jour apr&#232;s jour, d'avoir travaill&#233; pour rien : il suffisait d'une temp&#234;te et tout &#233;tait perdu. Maintenant il y a des assurances, il y a l'Europe : les pommes sont vendues quand elles sont en fleurs. Cela produit la s&#233;curit&#233; et la mort du f&#233;tichisme. Auparavant, chaque pommier avait sa croix contre la temp&#234;te ; quand la temp&#234;te arrivait, le paysan courait dans sa cour et construisait une croix avec ses instruments agricoles afin que le P&#232;re &#201;ternel, en voyant sa croix, n'ait pas le courage d'envoyer la temp&#234;te sur sa terre. Maintenant il y a une sorte d'industrie de la campagne.&lt;BR/:&gt; Il y a aussi une femme diff&#233;rente. Le f&#233;minisme est plus pr&#233;tentieux dans les campagnes que dans les villes ! Dans mes &#339;uvres j'ai d&#233;crit la civilisation italienne qui est morte : j'ai donc fait &#339;uvre arch&#233;ologique.&lt;BR/:&gt; Mais il y a une nouveaut&#233; : des paysans pauvres arrivent d'Inde, d'Argentine, de l'Est de l'Europe. Ils sont exactement comme &#233;taient les paysans italiens lors de leur grande migration. Ils &#233;taient partis sans orgueil, avec une esp&#232;ce d'humiliation, parce qu'ils &#233;taient des vaincus, et ils allaient demander &#224; travailler quelles que soient les conditions. Entre leur d&#233;part et leur retour, ils ont compl&#232;tement perdu leur civilisation. Les pauvres paysans qui arrivent maintenant de toutes les parties du monde dans les trois r&#233;gions v&#233;nitiennes traverseront dans les d&#233;cennies futures le m&#234;me itin&#233;raire. Ils arrivent avec leur culture paysanne, ils perdront leurs dieux, leur famille, leur type d'humanit&#233;, leur sens du travail et de l'&#233;pargne.&lt;BR/:&gt; Donc la litt&#233;rature paysanne que j'ai faite est la m&#233;moire future d'une grande partie de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Arch&#233;ologue lui aussi ? Ou avant tout po&#232;te ? Claude-Jean. Launay demande &#224; Jean-Loup Trassard, qui a parrain&#233; le Festival &#8220; Terres d'ici et d'ailleurs &#8221;, pourquoi il s'est appliqu&#233; &#224; d&#233;crire la campagne mayennaise.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Loup Trassard, &#233;crivain mayennais&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Nous avons un programme intitul&#233; &#8220; &#201;crire la vie rurale aujourd'hui &#8221;. Cela ne veut pas dire &#8220; &#233;crire la vie rurale d'aujourd'hui &#8221;. C'est une diff&#233;rence notable.&lt;BR/:&gt; En fait, moi je suis n&#233; en pleine campagne mayennaise, il y a quelques ann&#233;es... Et tr&#232;s t&#244;t &#8211; je l'ai racont&#233; souvent, et m&#234;me dans L'espace ant&#233;rieur, un livre de souvenirs &#8211;, j'ai &#233;t&#233; pris par l'amour de la campagne et de la litt&#233;rature en m&#234;me temps, c'est-&#224;-dire l'envie de d&#233;crire avec des mots, en jouant sur les mots, en jouant avec les mots, la passion que j'ai eue tr&#232;s vite pour la campagne.&lt;BR/:&gt; A cette &#233;poque, c'&#233;tait plut&#244;t la nature, les oiseaux, les arbres, les saisons... Mais tr&#232;s vite, d&#232;s que j'ai mis le pied dans une ferme, vers six, sept ans, c'est devenu l'univers de la ferme, les travaux agricoles, les animaux, les outils qui sont devenus l'objet d'une v&#233;ritable passion pour moi. Petit &#224; petit j'ai d&#233;velopp&#233; ce travail litt&#233;raire, au fil d'une vingtaine de livres maintenant, des gros et des petits.&lt;BR/:&gt; En fait, c'est le m&#234;me probl&#232;me que celui qu'&#233;voque Ferdinando Camon : nous avons besoin d'un long temps de gestation, ce qui fait que nous parlons de l'&#233;poque de notre enfance.&lt;BR/:&gt; Il y a aussi que la vie rurale, que l'on appelle aujourd'hui traditionnelle et qui tend &#224; &#234;tre remplac&#233;e par une agriculture quasi-industrielle, &#233;tait beaucoup plus riche de m&#233;tiers divers. Pensons &#224; tous les artisanats des villages. La vie agricole &#233;tait aussi beaucoup plus riche en ce sens que nous sommes en r&#233;gion de polyculture et d'&#233;levage : dans les petites fermes de la Mayenne, on faisait toutes sortes de cultures, on pourrait presque dire toutes ; il en allait de m&#234;me pour l'&#233;levage. Maintenant on tend, comme chacun sait, sinon vers la monoculture, du moins vers du lait, et du ma&#239;s pour nourrir les vaches. Auparavant, toutes ces cultures, m&#234;me faites en petites quantit&#233;s, donnaient des savoirs particuliers pour chacune d'entre elles. On avait aussi un peu d'artisanat du fer, on savait faire des &#8220; ruchaux &#8221; avec de la paille et de la ronce pour ramasser les &#339;ufs, etc. Tous ces artisanats et ces petites pratiques qui servaient l'agriculture ont &#233;t&#233; &#233;radiqu&#233;s au fil du temps depuis les ann&#233;es 50. Alors nous avons tendance, pour la coloration de ce que nous racontons et parce que &#231;a a &#233;t&#233; chevill&#233; au corps pour nous dans notre &#226;ge d'apprentissage, &#224; parler de la campagne d'autrefois. Il est assez difficile, et nous en parlerons peut-&#234;tre tout &#224; l'heure, de passer &#224; une entr&#233;e en litt&#233;rature de la campagne d'aujourd'hui et, notamment, de cette nouvelle agriculture.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	J'ai fait surtout des nouvelles au d&#233;but, quelques r&#233;cits aussi, des r&#233;cits d'enfance. N&#233; dans une famille bourgeoise, mais en pleine campagne, et hors du village, vivant surtout dans la ferme des voisins, j'ai &#233;t&#233; plong&#233; dans cet univers tr&#232;s t&#244;t et tr&#232;s profond&#233;ment, m&#234;me si ce n'&#233;tait pas le m&#233;tier de mon p&#232;re, ni le mien par la suite. Ce qui n'emp&#234;che qu'on avait un peu de terre et que j'ai toujours des vaches (avec quelqu'un qui s'en occupe quand je ne suis pas l&#224;). Cet univers, je l'ai pratiqu&#233; tant que j'ai pu, puisque j'ai fait les travaux dans la ferme du voisin jusqu'&#224; vingt ans, pleinement et avec un grand plaisir, d'autant que je n'&#233;tais pas forc&#233;. J'ai fait aussi un livre qui s'appelle Inventaire des outils &#224; main dans une ferme, parce que j'aime beaucoup pratiquer et manier les choses, plus que de les regarder.&lt;BR/:&gt; Cela fait que toute cette vie agricole, proche et partag&#233;e, a nourri mon travail de r&#233;cits, de nouvelles, de souvenirs. M&#234;me quand je suis all&#233; en Russie et que j'ai &#233;crit Campagne de Russie, c'&#233;tait pour voir la vie agricole, ce qui leur paraissait &#224; eux d'une grande originalit&#233;. Apr&#232;s, j'ai fait une esp&#232;ce de roman qui s'appelle Dormance sur les d&#233;buts de ce qu'on pourrait appeler les tremblements d'agriculture et d'&#233;levage au n&#233;olithique dans une petite vall&#233;e que j'ai situ&#233;e tout pr&#232;s de chez moi, &#224; Saint-Hilaire-du Maine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. QUESTIONS DE METHODOLOGIE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Georges Ravis-Giordani&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	J'ai essay&#233; de ne pas accorder trop d'importance aux &#233;rudits locaux que l'on trouve toujours partout dans la campagne fran&#231;aise, qui ont travaill&#233;, qui ont lu. Par orgueil m&#233;thodologique, je crois, j'ai voulu faire mon miel de tout ce qui se pr&#233;sente sans aller &#224; du d&#233;j&#224; m&#226;ch&#233;, &#224; du d&#233;j&#224; pens&#233;. J'ai adopt&#233; une attitude d'observation flottante, d'attente, d'&#233;coute, vivant souvent assez longtemps avec les gens. Malheureusement, &#233;tant enseignant, j'&#233;tais oblig&#233; de repartir r&#233;guli&#232;rement sur le &#8220; continent &#8221;, comme on dit en Corse, pour faire mes cours. Mais j'ai aussi r&#233;ussi &#224; plusieurs reprises &#224; passer des mois entiers, voire des ann&#233;es, sur le terrain. Cela m'a rapport&#233; des r&#233;ponses &#224; des questions que je n'avais pas encore pos&#233;es. J'ai ensuite formul&#233; les questions &#224; partir des r&#233;ponses qu'on m'avait d&#233;j&#224; apport&#233;es.&lt;BR/:&gt; Ainsi, je me trouvais un jour en transhumance avec un berger. Il se met tout &#224; coup en col&#232;re contre lui-m&#234;me et se met &#224; jurer en corse. Je ne comprends pas et lui demande pourquoi.&lt;BR/:&gt;
&#8211; Vous ne voyez pas l&#224;, de l'autre c&#244;t&#233; du vallon, dans le maquis, une ch&#232;vre et son petit ? Ils m'ont fauss&#233; compagnie. &#199;a, c'est le r&#233;sultat d'une erreur que j'ai commise l'an dernier en achetant cette ch&#232;vre (et il emploie un mot en corse) Je n'aurais pas d&#251;, j'aurais d&#251; garder une ch&#232;vre du patron. &lt;BR/:&gt; &#8211; Pourquoi ?&lt;BR/:&gt; &#8211; Quand on ach&#232;te une ch&#232;vre, on la met dans le troupeau et elle suit. Celle-l&#224; a retrouv&#233; son &#8220; invistida &#8221; (du latin investire : c'est le lieu d'investissement) et elle savait o&#249; aller. &lt;BR/:&gt; &#8211; Elles ne suivent pas leur berger ? Elles suivent leurs habitudes ?&lt;BR/:&gt; &#8211; Oui, &#231;a se passe comme &#231;a, et c'est pour &#231;a qu'on essaie de garder toujours le m&#234;me troupeau de m&#232;re en fille, et d'avoir un troupeau homog&#232;ne.&lt;BR/:&gt; Je r&#233;sume. En fait, c'est le r&#233;sultat de toute une s&#233;rie d'enqu&#234;tes avec d'autres bergers auxquels je pose les m&#234;mes questions jusqu'&#224; ce que j'obtienne les &#233;l&#233;ments de la r&#233;ponse. Et je d&#233;couvre tout &#224; coup tout un syst&#232;me que je n'avais fait qu'entrevoir, et dont je r&#233;alise la complexit&#233; et en m&#234;me temps l'originalit&#233;. Ces bergers corses ont fait fonds pendant des si&#232;cles sur les capacit&#233;s gr&#233;gaires, sur la sociologie du troupeau, ce qui fait qu'un troupeau se conduit derri&#232;re des b&#234;tes leaders. Si on garde la relation qui, l&#224;, est une relation charnelle et qui est aussi une relation mentale entre l'ensemble des b&#234;tes du troupeau et les quelques b&#234;tes leaders, on est &#224; peu pr&#232;s s&#251;r que le troupeau se d&#233;placera en groupe, en corps constitu&#233;, et qu'on peut donc les laisser aller. Mais ce n'est pas possible si on a une propri&#233;t&#233; priv&#233;e tr&#232;s morcel&#233;e. Or, je sais, par ailleurs, que la montagne corse, les propri&#233;t&#233;s sont communes. Donc, sur des milliers d'hectares, le pacage appartient &#224; tous les bergers d'un m&#234;me village. (...) La cl&#233; du syst&#232;me &#233;tait la r&#233;pression du vol. On ne peut pas voler. Pas parce qu'on est plus moraux, plus respectueux de la propri&#233;t&#233;, mais parce que le syst&#232;me s'effondrerait. (...)&lt;BR/:&gt; J'ai pris des notes, bien s&#251;r, mais je n'ai pas enregistr&#233;, sauf avec de vieux amis ou quand j'avais un pr&#233;par&#233; les choses. Je notais et j'essayais, apr&#232;s, de faire le lien et de voir comment tout fonctionnait.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;C.-J. Launay : Pour analyser cette soci&#233;t&#233;, vous &#234;tes-vous inspir&#233; de ma&#238;tres anthropo-logues ? Ou la litt&#233;rature a-t-elle aussi eu de l'importance pour vous ?&lt;/i&gt;&lt;BR/:&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Non. Parce que le grand drame de l'ethnologie, sa grande faiblesse par rapport &#224; d'autres disciplines des sciences humaines, a &#233;t&#233; pendant tr&#232;s longtemps d'avoir une m&#233;thodologie assez balbutiante et assez floue. Mes ma&#238;tres ne m'ont pas dit comment il fallait faire une enqu&#234;te. J'ai &#233;t&#233; longtemps et suis encore aujourd'hui dans l'incapacit&#233; de donner des r&#232;gles tr&#232;s strictes &#224; mes &#233;tudiants. On m'avait dit : &#8220; Eh bien, vous verrez bien sur le terrain &#8221;. Et je crois que, finalement, cette absence de m&#233;thodologie stricte est conditionn&#233;e par la n&#233;cessit&#233; d'&#234;tre toujours l&#224;, d'&#234;tre &#224; l'aff&#251;t de tout ce qui se passe et de se dire que rien de ce qu'on vous dit n'est n&#233;gligeable.&lt;BR/:&gt; Un jour, par exemple, un berger dit &#224; un autre, devant moi : &#8220; Ne fais pas ton Salomon &#8221;. Cela a &#233;t&#233; le point de d&#233;part de toute une enqu&#234;te sur le personnage de Salomon en Corse. Salomon, dans ces histoires, repr&#233;sente l'homme le plus savant ; il est face &#224; l'Homme sauvage. L'un et l'autre essaient de faire avec le r&#233;sidu du brugge. Le brugge est une brousse que l'on fait avec le petit lait : on fait d'abord du fromage ; avec le petit lait on fait du brugge ; avec le r&#233;sidu jaune, un peu gras, qui reste, on nettoie les chaudrons, sinon on n'en fait rien. Mais Salomon et l'Homme sauvage (qu'on pr&#233;sente tant&#244;t comme un ours, tant&#244;t comme un ogre) avaient, eux, trouv&#233; le moyen de faire de la cire avec ce r&#233;sidu &#8211; on retrouve la m&#234;me histoire dans les Alpes. Eh bien, Salomon m'a conduit &#224; ce qui est une pi&#232;ce ma&#238;tresse du syst&#232;me : c'est la porte ouverte et ferm&#233;e &#224; la fois sur les confins du syst&#232;me. On a le fromage, on a le brugge, et on ne sait pas faire plus. Pourquoi ? Parce que, d'une part, on s'est moqu&#233; de Salomon. Et que, d'autre part on a br&#251;l&#233; au cul l'Homme sauvage, que les hommes ont captur&#233;, puis tortur&#233; pendant des semaines pour lui faire dire ce qu'on faisait avec ce r&#233;sidu. Sa m&#232;re, du haut de la montagne, lui disait : &#8220; Ne dis pas, souffre mais ne dis pas &#8221;. Et les hommes ont fini par le tuer, mais il n'a pas parl&#233;. Donc, les hommes sont en quelque sorte punis, puisqu'ils ne savent pas faire plus que ce qu'ils savent faire, parce qu'ils ont &#233;t&#233; m&#233;chants, soit avec le Sage, soit avec l'Homme sauvage, deux figures antith&#233;tiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Vous me posiez la question de la litt&#233;rature. Oui, j'y suis all&#233;, parce que je trouvais dans des r&#233;cits du XIXe si&#232;cle plein de d&#233;tails qu'on ne pouvait plus me dire parce qu'elles avaient &#233;t&#233; perdues par la m&#233;moire vivante des hommes que je fr&#233;quentais. Quelques-uns m'ont permis de combler des vides, des manques, d'ajouter des pi&#232;ces du puzzle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;C.-J. Launay : Nous voici pass&#233;s de la m&#233;thodologie &#224; la mythologie. Donc la dimension po&#233;tique est aussi dans cette th&#232;se. Il suffit d'ailleurs de la feuilleter : on y trouve aussi d'autres chapitres avec le passage du visible &#224; l'invisible, du naturel au surnaturel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous allons &#224; pr&#233;sent demander &#224; Pascal Comm&#232;re dans quel espace mythologique il se meut, et d'abord dans quelle r&#233;alit&#233;. Puis comment, avec quelles m&#233;thodes propres au po&#232;te il l'a abord&#233;e. Mais d'abord, de situer un peu son point de vue, puisqu'il utilise le v&#233;lo jaune et la camionnette pour sillonner les routes de la Bourgogne.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pascal Comm&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Je m'inscrirai en faux contre la mythologie, au moins pour d&#233;marrer. De but en blanc, mon rapport &#224; la r&#233;alit&#233; s'inscrirait plut&#244;t dans le quotidien, dans l'ordinaire.&lt;BR/:&gt; L'&#233;criture que je pratiquais souvent &#233;tait m&#234;l&#233;e &#224; la vie ordinaire, c'est-&#224;-dire &#224; la vie de quelqu'un qui va au travail. Mon travail me permet d'approcher des ruraux. Et tout cela, petit &#224; petit, s'est mis &#224; nourrir des textes, souvent des po&#232;mes, lesquels j'&#233;cris souvent en voiture, parce que pour moi la po&#233;sie ne s'&#233;crit pas dans un bureau, devant une feuille, devant un appareil de traitement de texte. Je l'&#233;cris souvent sur de petits bouts de papier en allant au travail, que ce soit dans les fermes ou ailleurs. Ensuite je me mets au clavier et j'essaie de donner forme &#224; tout cela. C'est tout un travail que je ne nie pas. Mais, avant tout, un po&#232;me, c'est un milli&#232;me de seconde, une chose en passant et... tac. &#199;a ne s'invente pas devant une feuille. Il y a une rencontre avec le monde.&lt;BR/:&gt; Mes po&#232;mes s'&#233;crivent comme cela.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Une autre question qui se pose pour moi, &#224; laquelle je n'ai pas de r&#233;ponse &#8211; et je n'en aurai s&#251;rement pas &#8211;, c'est que lentement il s'est av&#233;r&#233; que je n'&#233;crirai pas de fiction. Je dis &#8220; lentement &#8221;. Car j'ai cru, dans un premier temps, que j'en ferai. Et il s'av&#232;re que non. &lt;BR/:&gt; Je garde dans un dossier un certain nombre de textes que je n'arrive pas &#224; r&#233;unir parce que, justement, ces textes sont des textes qui m&#234;lent le quotidien &#224; la po&#233;sie de la rencontre, mais avec des agriculteurs que je vois, que je voyais surtout, dans des permanences de villages o&#249; ils venaient me voir pour porter leurs comptes. Et j'ai essay&#233;, de ces rencontres, de tirer quelque chose d'autre que le simple contact qu'on a avec son coiffeur quand on va se faire couper les cheveux. J'essayais de tirer cela &#224; travers les mots, parce qu'ils me disaient la m&#234;me chose que moi : &#8220; Il fait beau... Il a gel&#233; un peu fort ce matin... &#8221; J'ai essay&#233; de tirer malgr&#233; tout quelque chose de cette vie qui, chaque jour, s'use. Ces textes se sont entass&#233;s, et je n'arrive pas &#224; faire ce livre depuis bient&#244;t dix ans, parce que je crois, justement, que ma vie professionnelle n'est pas encore finie. Ces textes seront le t&#233;moignage que j'apporterai sur ces rencontres avec des &#234;tres humains d'une vie.&lt;BR/:&gt; Tr&#232;s modestement, ce sont mes Carnets de ma rencontre avec les hommes et la douleur humaine et, sinon de la douleur, des difficult&#233;s de vivre, des deuils, des gens qui s'en vont et qu'on ne voir plus. Tout cela passe, je pense, en filigrane dans ces textes. Mais c'est in&#233;dit pour l'instant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. STYLES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;C.J. Launay : &#8220; On pourrait maintenant vous demander comment vous pratiquez, avec un peu plus de pr&#233;cision, pour aller vers cette v&#233;rit&#233; qui ne peut pas se pr&#233;senter brute : une prose sp&#233;ciale, la composition, la mani&#232;re peut-&#234;tre aussi de manier l'image...&lt;BR/:&gt; Le Padouan, le Mayennais, le Bourguignon ont-ils adopt&#233; une tendance de la litt&#233;rature moderne qui exclut la psychologie ? Sans doute ont-ils &#233;t&#233; influenc&#233;s par des gens comme Maupassant ou les Am&#233;ricains qui ont donn&#233; leur pr&#233;f&#233;rence au comportement ? &#8221;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ferdinando Camon : une narration chorale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Quand j'&#233;tais petit, la situation culturelle et politique italienne &#233;tait toute bloqu&#233;e sur la condition ouvri&#232;re. Il y avait les films sur la condition ouvri&#232;re (Luchino Visconti), la litt&#233;rature sur la condition ouvri&#232;re (Vittorini, Calvino, Pavese). Aucune attention sur la condition paysanne, qui &#233;tait compl&#232;tement oubli&#233;e. Et cela parce que la condition paysanne n'avait aucune influence sur le changement politique, que les paysans &#233;taient totalement fid&#232;les &#224; l'&#201;glise, et donc au parti de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne.&lt;BR/:&gt; Moi, je devais raconter une grande quantit&#233; de choses, organis&#233;es en forme chorale. Il n'y a pas un h&#233;ros protagoniste que j'aurais suivi du commencement &#224; la fin de l'&#339;uvre. Il y a une communaut&#233;. Quand il y a une grande communaut&#233;, les gens perdent leur psychologie individuelle. Mes romans &#8211; sauf Apoth&#233;ose &#8211; sont organis&#233;s comme des narrations chorales &#233;piques, lyriques, tragiques, avec de grands &#233;v&#233;nements qui tombent sur une communaut&#233; isol&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	La figure humaine (le titre italien est Il quinto stato, &#8220; La cinqui&#232;me condition &#8221;, la plus humili&#233;e, la plus basse) est la g&#233;ographie de la condition paysanne : le pays, la ville, les rites, le travail, l'occupation allemande, qui a &#233;t&#233; terrible dans les campagnes et pour laquelle il n'y a jamais eu il n'y aura jamais aucune fore de justice. Dans les trois pays de la V&#233;n&#233;tie, qui sont de tout petits pays, il y a eu 56 paysans tu&#233;s : dans l'un des trois, les paysans ont &#233;t&#233; fusill&#233;s, dans un autre ils ont &#233;t&#233; pendus, dans le troisi&#232;me ils ont &#233;t&#233; fusill&#233;s puis pendus !&lt;BR/:&gt; Pasolini, &#224; qui l'&#233;diteur a demand&#233; son avis sur Il quinto stato, a exprim&#233; son admiration devant ce narrateur de la condition paysanne en le comparant &#224; Dante Alighieri et demand&#233; &#224; le pr&#233;facer. &#8220; Mais, &#233;crit-il, comment Camon peut-il pr&#233;senter sa communaut&#233; comme une communaut&#233; d&#233;sirant abandonner la campagne pour la ville avec ses lumi&#232;res, ses grands magasins, son bruit ? Cette civilisation humaine, solidaire, charg&#233;e de valeurs, irait vers une condition inhumaine, ali&#233;n&#233;e, la condition bourgeoise ? &#8221; Pasolini est connu en Italie pour un tr&#232;s bel article, &#8220; l'article des lucioles &#8221;, paru dans le Corriere della Sierra, o&#249; il disait : &#8220; On doit bloquer le changement de la condition paysanne... Les lucioles sont le symbole de la civilisation paysanne, et les lucioles doivent rester pour l'&#233;ternit&#233;. Moi je donnerais tout le Monte Lison [une grande industrie, r&#233;sultant de la fusion entre le Monte Catini et le Monte Lison] pour une luciole &#8221;. Mais je n'&#233;tais pas d'accord avec cette vision bucolique, parce que le chemin sur lequel marchait la civilisation paysanne menait vers la sortie de la campagne, vers l'entr&#233;e dans la condition de la bourgeoisie. L'histoire a d&#233;montr&#233; que Pasolini avait tort.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Plus tard, j'ai &#233;crit La vie &#233;ternelle, une narration de la r&#233;sistance paysanne, qui a &#233;t&#233; terrible, sans id&#233;ologie, sans programme politique. Ils n'&#233;taient pas politiques, ils n'avaient pas d'id&#233;e sur la monarchie ou la r&#233;publique. La plupart des paysans ont vot&#233; pour la monarchie. Quand la r&#233;publique l'a emport&#233;, la campagne est tomb&#233;e dans le deuil, mais la r&#233;sistance paysanne a &#233;t&#233; terrible. Les paysans combattaient, et ils ne savaient pas pourquoi les Allemands &#233;taient en Italie. Des femmes qui avaient des fils qui &#233;taient partis pour le service militaire et ne donnaient pas de nouvelles, allaient &#224; la Croix-Rouge, et la Croix-Rouge r&#233;pondait : &#8220; Votre fils est disparu en Gr&#232;ce &#8221;. Elles ne comprenaient pas pourquoi il &#233;tait all&#233; en Gr&#232;ce, o&#249; &#233;tait la Gr&#232;ce, pourquoi nous &#233;tions en Gr&#232;ce. Les habitants de la campagne ne connaissaient rien de la vie nationale.&lt;BR/:&gt; Je raconte, dans La vie &#233;ternelle, les fermes br&#251;l&#233;es, les paysans pendus et la violence de la r&#233;sistance. Le livre a &#233;t&#233; publi&#233; en Allemagne de l'Est et en Allemagne de l'Ouest, et il a &#233;t&#233; pris comme document &#224; charge contre l'officier allemand responsable lors de son proc&#232;s. Et l'homme est mort avant la premi&#232;re s&#233;ance du proc&#232;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Dans Apoth&#233;ose, je raconte comment la civilisation paysanne avait une r&#233;ponse aux grands probl&#232;mes : la naissance, la maladie, la mort. Ici, le probl&#232;me est le probl&#232;me de la mort. La m&#232;re de la famille est morte, et la famille travaille &#224; longueur du livre &#224; construire une forme d'immortalit&#233;. Le titre du manuscrit est Immortalit&#233;, aux USA il est devenu Memoria, en Italie Un altare per la madre. Mais en fran&#231;ais, l'&#233;diteur m'a expliqu&#233; qu'on ne pouvait pas dire &#8220; Un autel sur la m&#232;re &#8221;, qu'on aurait pu comprendre comme &#8220; Une auberge sur la mer &#8221;, et c'est devenu &#8220; Apoth&#233;ose &#8221;. Apoth&#233;ose, c'est l'exaltation de la civilisation paysanne, de son mysticisme et de sa capacit&#233; de vaincre la mort.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Dans Jamais vu soleil ni lune, un Allemand est retourn&#233; en Italie cinquante ans apr&#232;s. Il s'attendait &#224; &#234;tre f&#234;t&#233; et avait compl&#232;tement oubli&#233; ce qu'il avait fait. Il y a une grande r&#233;union des paysans et, parmi eux, trois hommes qui avaient &#233;t&#233; tortur&#233;s par lui. Ils se sont lev&#233;s et lui ont dit : &#8220; Monsieur, dans la pi&#232;ce &#224; c&#244;t&#233;, vous m'avez arrach&#233; les ongles, vous m'avez donn&#233; des d&#233;charges &#233;lectriques,... &#8221; Alors l'Allemand est sorti, s'est lav&#233; les yeux et les mains &#224; l'eau froide, est revenu en pleurant : il s'est souvenu de ce qu'il avait fait. J'ai donc &#233;crit Jamais vu soleil ni lune sur le th&#232;me de l'oubli sur lequel l'Europe est n&#233;e, et reste, et fonctionne. Parce qu'elle ne fonctionne pas sur l'expiation, mais sur l'oubli.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Le prochain livre, Le silence des campagnes, qui para&#238;tra en juin, confronte des arguments de la campagne d'alors et d'aujourd'hui, avec l'arriv&#233;e des extra-communautaires et l'affrontement de civilisations qui ne s'&#233;taient jamais touch&#233;es. Mais elles se rencontrent et elles doivent se fondre. Et la campagne est folle.&lt;BR/:&gt; Je me souviens d'un musulman qui passait sur la route et vendait des tapis. Il est entr&#233; dans une maison et a demand&#233; &#224; manger. La femme lui a servi des p&#226;tes, de la viande. Puis elle a eu un soup&#231;on, s'est approch&#233;e de lui et lui a demand&#233; : &#8220; Mais vous, vous &#234;tes bien une personne baptis&#233;e &#8221; et il a r&#233;pondu : &#8220; Oh, Madame, non baptis&#233;. Nous sommes islamiques &#8221;. La femme a &#233;t&#233; prise d'un tremblement. Apr&#232;s le d&#233;part du musulman, elle s'est pr&#233;cipit&#233;e au t&#233;l&#233;phone et a appel&#233; toutes ses amies en hurlant : &#8220; Madonna mia, les ennemis des chr&#233;tiens sont arriv&#233;s ! &#8221; C'est un traumatisme qui a &#233;t&#233; charg&#233; dans son ADN. La campagne, maintenant, est dans cette situation. Et moi, j'accompagne cette &#233;volution avec ce livre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Loup Trassard&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les paysans qui &#233;crivent Les paysans et les artisans ruraux &#233;crivent rarement eux-m&#234;mes pour raconter leur vie. Il y a quand m&#234;me un certain nombre de petits livre qui ont &#233;t&#233; faits dans ce sens quand ils sont entr&#233;s en retraite et qu'ils ont voulu transmettre un peu. Mais le probl&#232;me, c'est qu'&#224; ce moment-l&#224;, ils sont pris par le fond du sujet et ne font pas ce que nous pourrions appeler de la litt&#233;rature : ils n'apportent aucune importance &#224; la forme. Cela se rapproche plus, pour autant que je sache, de r&#233;dactions de l'&#233;cole primaire, o&#249; le fond est exact et o&#249; la forme n'est pas du tout travaill&#233;e.&lt;BR/:&gt; Le probl&#232;me que nous posons, fatalement, c'est : De quel point de vue parlons-nous ? De quelle origine sort notre parole qui ose raconter la vie rurale, m&#234;me si nous avons &#233;t&#233; au milieu d'elle pendant un certain temps ?&lt;BR/:&gt; Pour ma part, je ne me suis pas trop pos&#233; cette question pendant longtemps. J'ai travaill&#233; en racontant ma sensation sur la vie de la campagne mayennaise que je vous ai dite tout &#224; l'heure : les gens, les travaux, les saisons. Mais petit &#224; petit, je me suis demand&#233; aussi qui j'&#233;tais dans ma narration. A la fin de la nouvelle Nous sommes le sang de cette g&#233;nisse, il y a un texte qui s'appelle &#8220; Divagation des chiens &#8221;, o&#249; je raconte &#224; la fois une canicule &#8211; ce qui est surprenant en Mayenne et donc assez &#233;v&#233;nementiel &#8211; et la volont&#233; de remonter une f&#234;te de village. Et l&#224;, j'ai essay&#233; d'&#233;crire en me mettant dans la psychologie villageoise telle que je l'ai connue, autrefois encore plus qu'aujourd'hui. Alors, pas de psychologie, comme dit Claude-Jean Launay, dans nos textes ? Pas de psychologie &#233;nonc&#233;e par le narrateur ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comment proc&#232;de F. Camon&lt;BR/:&gt; A cela, Ferdinando Camon r&#233;pond : &#8220; Forc&#233;ment, puisque je n'ai pas de h&#233;ros principal &#8221;. Souvent le h&#233;ros, donc, c'est un caract&#232;re. Or, F. Camon dit : &#8220; Mon travail est choral &#8221; : il y a beaucoup de monde qui raconte des petites aventures diverses, dramatiques ou pas du tout, ou comiques souvent. Je crois que l'un des ressorts que Camon a trouv&#233;s pour transposer l'&#233;tat d'esprit paysan &#8211; au sens large, cela englobe les villages, pas seulement les habitants &#8211;, c'est justement de nous faire une narration continue sans points &#224; la ligne, avec la mise sur le m&#234;me plan, et tout emm&#234;l&#233;s, des grands &#233;v&#233;nements tr&#232;s dramatiques de la derni&#232;re guerre et des tout petits &#233;v&#233;nements, quelquefois dr&#244;les, dus &#224; des personnages fantaisistes, tr&#232;s &#233;tranges. Ce n'est s&#251;rement pas le seul moyen qu'il ait employ&#233;. Mais celui-ci est tr&#232;s rentable et assez plaisant parce qu'on a envie de lire cela tr&#232;s vite et tout haut, pour bien ressentir cet &#233;tat d'esprit o&#249; tout est &#233;tale, tout est emm&#234;l&#233;, comme dans une conversation rapide entre plein de gens qui &#233;voquent des &#233;v&#233;nements dramatiques et tiennent, aussi, &#224; se faire rire les uns les autres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La voix paysanne&lt;BR/:&gt; Maintenant, je travaille sur un r&#233;cit qui est celui de l'aventure d'une famille paysanne et j'essaie de trouver une transposition aussi, pour rendre compte d'un certain &#233;tat d'esprit paysan. Evidemment, je ne peux pas reproduire la langue parce qu'elle est souvent d&#233;fectueuse en Mayenne. J'ai connu, par exemple, dans la campagne du B&#233;arn, des gens que je ne comprenais pas quand ils parlaient b&#233;arnais ; mais quand ils parlaient fran&#231;ais, ils parlaient un fran&#231;ais extr&#234;mement correct, et inventif en m&#234;me temps. Chez nous, joints &#224; quelques mots de patois ancien qui m'int&#233;ressent particuli&#232;rement, il y a souvent beaucoup de d&#233;formations et ce qu'ils appellent un &#8220; mauvais causement &#8221;. On ne peut pas reproduire cela dans un livre, ce serait ennuyant pour le lecteur et incorrect quant au fran&#231;ais. Alors il faut trouver une sorte de transposition o&#249; est le ton est quand m&#234;me paysan, m&#234;me si les paroles ne sont pas tout &#224; fait exactes.&lt;BR/:&gt; Je pense que pour l'ethnologue le probl&#232;me est compl&#232;tement diff&#233;rent. L'&#233;criture doit quand m&#234;me &#234;tre pr&#233;cise et scientifique. Donc, je ne vais pas analyser ici le cas de Georges Ravis-Giordani.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Question &#224; Pascal Comm&#232;re&lt;BR/:&gt; Mais j'aimerais poser une sorte de question &#224; Pascal Comm&#232;re &#224; propos de cette pens&#233;e paysanne. Je vous demande de bien vouloir accepter, comme quand le trap&#233;ziste fait le triple saut, une attention particuli&#232;re : car je ne sais pas tr&#232;s bien ce que je veux dire. J'ai l'impression que, dans ses recueils de po&#232;mes, Pascal Comm&#232;re r&#233;ussit, par le fait m&#234;me de la forme po&#233;tique, sans patois, &#224; rendre compte du mode de pens&#233;e et peut-&#234;tre d'expression, ou de non-expression, de l'univers paysan. C'est une tournure originale, et une esp&#232;ce de r&#233;ticence devant la parole, mais qui se traduit quand m&#234;me, puisqu'il y a po&#232;me, par des phrases particuli&#232;rement serr&#233;es. Et je sens toujours, dans la po&#233;sie de Pascal, quelque chose d'extr&#234;mement r&#233;ussi dans la fa&#231;on de rendre l'univers agricole &#8211; dans le sens large &#8211; sans qu'il en ait les &#233;l&#233;ments (alors que moi, par exemple, je mets des mots en patois de temps en temps parce que pour moi c'est la couleur, la sonorit&#233;, la musique qui va avec la terre). Chez lui, rien de tout cela. C'est par la composition de la phrase, dans les po&#232;mes particuli&#232;rement &#8211; pas dans les livres du prose.&lt;BR/:&gt; Je voudrais lui demander ce qu'il en pense.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pascal Comm&#232;re Il me serait beaucoup plus facile de vous parler du style de Jean-Loup Trassard, sur lequel je viens de travailler quelque temps... Il me semble, en ce moment pr&#233;cis, tout &#224; fait bien comprendre son style. Quant &#224; ce qu'il dit du mien, j'avoue que cela me plonge dans un silence d'abord. Qu'est-ce que le po&#232;me pourrait dire que la prose, ou une certaine prose, ne dirait pas ? Il y a peut-&#234;tre quelque chose qui tient au rythme, plus ou moins syncop&#233;, quelque chose qui casse avant de reprendre. On retrouve dans la prose de Jean-Loup Trassard le rythme du labour sur lequel il a &#233;crit. Moi je recherche, en tout cas depuis un certain temps, quelque chose de plus heurt&#233;, de plus swingu&#233;. Le choix du rythme, ce n'est pas qu'une affaire de musique, &#231;a entra&#238;ne le choix des mots, par exemple des mots d'une syllabe au lieu de deux si on veut quelque chose qui casse, qui heurte.&lt;BR/:&gt; A partir de l&#224;, quand on &#233;crit, on sent en soi quel chant, quel contre-chant on cherche. Dans le po&#232;me, c'est vraiment une affaire de mots. On ne dit pas : &#8220; Je vais dire telle chose &#8221;, on ne peut pas r&#233;sumer un po&#232;me en quatri&#232;me de couverture d'un livre et un livre-po&#232;me non plus. Alors qu'est-ce ? C'est bien un assemblage de mots. Si on dit par exemple le mot &#8220; dru &#8221; &#8211; il y a des mots comme &#231;a, que j'aime bien, qui sont brefs, qui me rappellent les paysans &#8211; en fin de vers, si on le met au bout d'un alexandrin et que cela ne fait que onze pieds, on voit bien quelque chose qui tombe, quelque chose qui s'arr&#234;te l&#224; un peu trop t&#244;t. Tout ce ramassis de mots, il n'est pas impensable, &#224; un certain moment, que &#231;a m'a fait penser &#224; ces ramassis que pr&#233;sentent parfois les cours de fermes, cette sorte de non-ordre apparent, voire de d&#233;sordre, mais qui est terriblement explicite et beaucoup plus causant qu'un mus&#233;e. Peut-&#234;tre que les mots que je recherche rendent justement les choses dans leur &#233;tat, dans cet &#233;tat des choses.&lt;BR/:&gt; Je n'irai peut-&#234;tre pas plus loin, ce n'est pas facile.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Claude-Jean Launay : Vous pourriez peut-&#234;tre continuer quand m&#234;me, parce que j'ai l'impression que dans vos po&#232;mes vous utilisez aussi des vues simultan&#233;es, o&#249; des vers se superposent et, en se juxtaposant, donnent au po&#232;me une coh&#233;rence qui n'est pas du tout une coh&#233;rence raisonnable, mais une coh&#233;rence visuelle. Lorsque vous vous baladez dans votre camionnette, vous donnez des points de vue, ou des flashs qui, juxtapos&#233;s, donnent une coh&#233;rence forte au po&#232;me.
Est-ce que ce n'est pas une esth&#233;tique visuelle avant tout ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	De toute fa&#231;on, les post-it, &#231;a se colle. Je pratique beaucoup le collage. Je d&#233;coupe souvent des morceaux de texte, des lani&#232;res, que je croise... Je ne fais pas le po&#232;me dans ma t&#234;te, en tout cas, je le fais par terre, comme une toile, comme quelque chose de plastique, de touchable. C'est une trame, &#231;a tient de la tapisserie parfois.&lt;BR/:&gt; Quant au caract&#232;re visuel, en effet, dans les po&#232;mes auxquels vous faites allusion, oui, c'est ind&#233;niable. La po&#233;sie dans laquelle je me reconnais est une po&#233;sie tactile, touchable, qui a un rapport avec le r&#233;el. Ce n'est pas une po&#233;sie de pure abstraction. C 'est quelque chose qui a &#224; voir avec le toucher et le regard. Il y aurait sans doute un peu d'odorat si on s'amusait &#231; d&#233;tecter les sens qui entrent en jeu...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;C.-J. Launay se tourne vers G. Ravis-Giordani pour lui demander comment il r&#233;dige, et s'il est, finalement, celui qui donne la parole au ch&#339;ur des bergers corses.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Georges Ravis-Giordani : r&#233;f&#233;rer au r&#233;el, uniquement&lt;BR/:&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Pour reprendre &#224; partir de ce que viennent de dire Jean-Loup Trassard et Pascal Comm&#232;re, cela nous fait comprendre que, dans la litt&#233;rature dans le sens le plus large du terme, les mots ont une importance consid&#233;rable. Je dirai presque que, dans le roman et, a fortiori, je crois aussi dans la po&#233;sie, le r&#233;el, la v&#233;rit&#233; se construisent d'abord &#224; partir du texte. Il n'y a pas de r&#233;alit&#233; qui puisse rivaliser avec celle que propose le romancier, pour le lecteur qui lit le roman, bien entendu. Une fois ferm&#233; le roman, il peut se poser la question : est-ce que la r&#233;alit&#233; est conforme ? est-ce que ce roman m'a aid&#233; &#224; mieux voir la r&#233;alit&#233; ? Quand on est &#8220; dedans &#8221;, ce qui est du reste une fa&#231;on de bien dire les choses, on est dans le roman comme dans un monde qui est r&#233;el.&lt;BR/:&gt; Moi, je ne peux pas demander &#224; mon lecteur d'entrer dans un article ou dans un livre comme on entre dans un roman. Je n'ai pas le droit. Moi, je dois lui parler d'un r&#233;el qu'il aurait pu voir ou qu'il voit.&lt;BR/:&gt; Pour ce qui est du style, j'ai essay&#233; d'&#233;crire le plus simplement possible, sans sacrifier, bien s&#251;r, les concepts, les analyses, et en essayant de ne pas jargonner &#8211; pas trop, car parfois on ne p &#8221;eut pas l'&#233;viter compl&#232;tement, mais &#224; ce moment j'explique le sens du mot. Donc, les bergers auraient pu lire ce livre. Et certains l'ont regard&#233;, l'ont lu en partie.&lt;BR/:&gt; Le texte d'un ethnologue, d'un sociologue, d'un historien, d'un chercheur, renvoie toujours &#224; une r&#233;alit&#233; dont il est un &#233;clairage. Sachant bien qu'il n'est qu'un &#233;clairage parmi d'autres possibles, qu'il apporte un certain nombre d'&#233;l&#233;ments qu'il a privil&#233;gi&#233;s. Apr&#232;s, on est tout le temps confront&#233; &#224; renvoyer, &#224; r&#233;f&#233;rer au r&#233;el.&lt;BR/:&gt; De ce point de vue, on n'est donc pas du tout dans la m&#234;me position. L'&#233;crit pour le scientifique et l'&#233;crit pour le po&#232;te et le romancier sont choses tr&#232;s diff&#233;rentes.&lt;BR/:&gt; Quand un berger me raconte une histoire de peur, au point que j'en ai encore le poil qui se h&#233;risse parce que j'ai, une fois pour toutes je crois, partag&#233; avec lui ce qui s'&#233;tait un soir pass&#233; dans une bergerie, histoire tellement bien racont&#233;e parce que tellement bien v&#233;cue, alors j'essaie de le faire passer. Mais je ne suis pas romancier, je n'ai pas le talent que vous avez, je n'ai pas non plus pris le temps, peut-&#234;tre, de travailler les mots autant que vous. J'essaie simplement de dire aux lecteurs de tenter, &#224; travers cela, de retrouver ces &#233;motions, ce v&#233;cu. Quelquefois, je fais parler les gens, quand j'ai not&#233; ou enregistr&#233;, ce que je ne fais jamais &#224; leur insu. Il y a, par exemple, sur dix pages, le long r&#233;cit d'un homme qui raconte &#8211; en corse, et j'ai traduit en fran&#231;ais &#8211; la vie d'autrefois dans son village, depuis son enfance jusqu'&#224; aujourd'hui, avec des consid&#233;rations et des interrogations sur l'avenir. Ce sont des choses qui int&#233;resseraient M. Camon, parce que lui aussi voit la fin d'un monde, d'une soci&#233;t&#233;, d'une culture. Mais je ne me permettrais pas, et je ne m'en sens pas capable, de le dire &#224; sa place, avec cette pr&#233;cision et en m'engageant &#224; ce point. Quand il faut qu'ils s'engagent, c'est eux qui s'engagent. Moi, quand je parle, c'est moi, et l'on sent bien que c'est moi qui dis, qui pense, qui analyse, qui synth&#233;tise, qui propose des hypoth&#232;ses. C'est &#224; prendre ou &#224; laisser. Plut&#244;t &#224; prendre et &#224; laisser. C'est &#224; prendre pour ce que c'est.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;C.-J. Launay : Donc, dans un discours scientifique, il y a de petits &#238;lots de po&#233;sie quand m&#234;me, que le discours peut mettre en relief.
On va demander au public s'il a des questions &#224; poser &#224; notre brochette d'&#233;crivains. Ils ne seront pas r&#233;unis une autre fois d'ici longtemps.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;4. DIVERSITE DES MONDES PAYSANS&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Marie-Annick Roy &lt;BR/:&gt;
&lt;i&gt;	J'aimerais poser une question &#224; M. Camon &#224; propos de ce mot : &#8220; paysan &#8221;. C'est vrai qu'il y a une &#233;volution depuis cinquante ans. Il se trouve que j'ai eu &#224; rencontrer des gens des Balkans et de Pologne, et je me suis rendue compte qu'il y avait vraiment un foss&#233; dans ces soci&#233;t&#233;s entre les gens des villes et les paysans, un foss&#233; d'incompr&#233;hension teint&#233; de m&#233;pris. Or, je n'ai pas souvenir d'avoir connu ce foss&#233; dans l'Europe de l'Ouest. Le monde paysan semble donc tr&#232;s divers &#224; travers toute l'Europe. En Europe de l'Ouest, l'&#233;volution du monde paysan n'est pas le m&#234;me que dans l'Est, bien que je ne connaisse pas trop les autres pays de l'Europe de l'Est. Je voudrais savoir s'il u avait des travaux de faits l&#224;-dessus.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ferdinando Camon&lt;BR/:&gt; Dans l'Europe de l'Est, il s'agit d'une condition paysanne qui a perdu, mais elle a perdu &#224; l'int&#233;rieur d'&#201;tats qui ont perdu : des conditions faibles dans la faiblesse g&#233;n&#233;rale de la nation. Quand il y a heurt entre deux civilisations &#8211; c'&#233;tait le cas dans le Nord de l'Italie entre la condition paysanne et la bourgeoisie urbaine, et maintenant entre les civilisations paysannes venant en Italie et la civilisation qu'elles trouvent en Italie &#8211;, quand donc il y a cette confrontation terrible, la victoire n'est pas du c&#244;t&#233; de la civilisation la meilleure, la plus g&#233;n&#233;reuse, la plus charg&#233;e de vertus et de m&#233;rites. Mais, parce que la confrontation ne se d&#233;veloppe pas sur le plan de la morale, mais sur le plan de la puissance &#233;conomique, comme les civilisations paysannes sont &#233;conomiquement faibles, elles perdent dans le monde entier.&lt;BR/:&gt; Alors les paysans partent et &#233;migrent avec une forme de honte, parce qu'ils ont perdu. Et ils arrivent aussi avec une forme de honte parce qu'ils sont soumis : ils entrent dans notre soci&#233;t&#233; en se posant &#224; l'extr&#233;mit&#233; la plus basse.&lt;BR/:&gt; Les immigr&#233;s venant des Balkans sont des paysans qui travaillent beaucoup. Ils sont les plus s&#233;rieux, les Serbes surtout. Ils vivent tout &#224; fait s&#233;par&#233;s et ne communiquent avec personne parce qu'ils ont un projet : arriver en Italie, travailler autant qu'ils peuvent, rester sept, neuf, douze ans et retourner chez eux avec de l'argent.&lt;BR/:&gt; Pour les paysans venant d'Inde, d'Argentine, du P&#233;rou, du Br&#233;sil, de Roumanie, la situation est diff&#233;rente : ils viennent pour rester. Ils ne viennent pas pour travailler, mais pour faire partie de l'Occident. Alors ils viennent avec une esp&#232;ce d'humiliation, parce qu'ils viennent pour changer de civilisation. Mais il s'agit de la m&#234;me condition que celle des paysans italiens quand ils ont quitt&#233; l'Italie. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, des trois r&#233;gions v&#233;nitiennes, 4 millions &#189; sont partis pour l'Australie, le Br&#233;sil et surtout l'Argentine. La moiti&#233; de la population argentine est d'origine italienne. Mais comme ils allaient dans des nations qui avaient besoin de travailleurs, ils partaient en musique, en jouant de l'harmonica. Maintenant, ceux qui immigrent, arrivent en secret, en pleurant, ils cherchent imm&#233;diatement le pr&#234;tre, la paroisse, l'hospitalit&#233;, etc. Le m&#233;pris est le sentiment normal qui va, dans l'&#233;chelle sociale, du sup&#233;rieur &#224; l'inf&#233;rieur.&lt;BR/:&gt; Puisqu'en Italie le paysan avait toujours le projet de devenir bourgeois et de monter dans l'&#233;chelle sociale, il avait du m&#233;pris pour lui-m&#234;me et il d&#233;sirait que cette situation paysanne qu'il abandonnait ne soit pas racont&#233;e. Ma situation est diff&#233;rente : j'ai &#233;crit sur la condition paysanne et j'ai &#233;crit en tant que fils de paysan. Alors je suis un tra&#238;tre. Et puisque j'ai consign&#233; la description de la condition paysanne aux lecteurs qui sont naturellement bourgeois, j'ai consign&#233; la condition humili&#233;e des paysans &#224; l'ennemi. Cette trahison a une d&#233;nomination sp&#233;ciale : elle est la d&#233;lation. Puisque ceux dont parle cet &#233;crivain qui a trahi les siens sont ses compagnons de village, son p&#232;re, ses fr&#232;res, l'&#233;criture est une faute, l'&#233;criture doit &#234;tre m&#233;pris&#233;e.&lt;BR/:&gt; Mais on peut construire un second cercle. Puisque personne ne connaissait la condition paysanne, le fait d'&#233;crire sur la condition paysanne, de r&#233;v&#233;ler quelque chose de nouveau que le lecteur ignorait, de produire une augmentation de la connaissance, de la v&#233;rit&#233;, c'est un bien ; alors l'&#233;criture est une bonne chose.&lt;BR/:&gt; Mais le second cercle n'&#233;limine pas le premier. Ils restent tous les deux. Alors, face au m&#233;pris des paysans envers eux-m&#234;mes et au m&#233;pris des paysans envers ceux qui &#233;crivent sur leur condition, l'&#233;crivain doit construire un orgueil : l'orgueil de dire quelque chose qui, si ce n'est pas dit par lui, ne sera jamais dit, par personne.&lt;BR/:&gt; Cette bataille a &#233;t&#233; terrible. Je n'ai pas pu retourner dans mon pays pendant plusieurs ann&#233;es apr&#232;s avoir publi&#233; Figure humaine, La vie &#233;ternelle, etc. Et la bataille ne va pas &#234;tre gagn&#233;e avec les vieux paysans, qui ne se rendront jamais ; mais on peut la gagner avec la deuxi&#232;me g&#233;n&#233;ration, celle des fils, et avec les paysans qui ont quitt&#233; l'Italie. Les fils lisent les livres, tirent de l'orgueil de ce que la condition de leurs p&#232;res soit devenue l'argument de livres et que ces livres soient traduits.&lt;BR/:&gt; Quand je me rends, par exemple, en Argentine, ils viennent, les paysans italiens &#233;migr&#233;s, par milliers, ils &#233;coutent tout avec une grande attention et disent : &#8220; Moi je suis de V&#233;rone, moi je suis de Belluno, moi je suis de Tr&#233;vise. Ma vie &#233;tait exactement ce que vous avez racont&#233;. &#8221; Dans les contes que j'ai &#233;crits, ils trouvent la justification de leur &#233;migration et l'in&#233;vitabilit&#233; de leur d&#233;faite. Ils peuvent dire aux fils qu'ils ont eus en Argentine : &#8220; Tu peux voir, mon fils, on ne pouvait pas rester &#8221;. Dans le m&#234;me temps, ils ont un grand orgueil de leur origine. Quand un &#233;crivain italien comme moi va en Argentine, il ne doit pas faire une conf&#233;rence, il doit en faire vingt, parce qu'il y a plusieurs &#233;coles italiennes &#224; Buenos-Aires. Le nom de chaque &#233;cole rappelle les origines, comme &#8220; Marco Polo &#8221;, etc. Avant qu'on parle, tout le monde se l&#232;ve, on l&#232;ve le drapeau argentin, son l&#232;ve le drapeau italien, on &#233;coute avec une main sur le c&#339;ur l'hymne national argentin, et l'hymne national italien, et les gar&#231;ons chantent les deux hymnes. Ensuite seulement, on peut parler. C'est une exp&#233;rience &#233;mouvante. On comprend qu'ils vivent dans une forme de schizophr&#233;nie. Ils sont ce qu'ils sont devenus, et restent ce qu'ils &#233;taient quand ils sont partis.&lt;BR/:&gt; Parmi les &#233;migr&#233;s qui se sont install&#233;s l&#224;, on sent que la honte de la fuite est cach&#233;e sous l'orgueil, parce que, l&#224;, ils ont trouv&#233; d'autres migrants, venus, par exemple du Paraguay, qui sont plus bas encore dans l'&#233;chelle sociale. Alors la honte en est diminu&#233;e.&lt;BR/:&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	Je l'ai dit &#224; M. Trassard : &#8220; Vous repr&#233;sentez une autre condition paysanne. Vous &#234;tes privil&#233;gi&#233;s, avec de l'orgueil &#8221;. M. Trassard a une phrase, dans un magnifique article, o&#249; il dit que dans la condition paysanne il est difficile de mourir de faim. Non, dans la condition paysanne v&#233;nitienne, on &#233;migrait parce que les gens mouraient. Maintenant ils d&#233;sirent retourner parce que les enfants en Argentine meurent de faim, dans la maison. Ils retournent quelles que soient les conditions.&lt;BR/:&gt; Et il y a ce proc&#232;s. Puisque l'immigration en Italie est si intense, ils viennent pour faire les travaux que les Italiens ne font plus. Et pr&#233;f&#233;rence est donn&#233;e aux Argentins en tant que fr&#232;res. Mais les Argentins qui retourneront reviendront certainement avec le m&#233;pris d'eux-m&#234;mes avec lequel ils &#233;taient partis. Ils ont fait l'exp&#233;rience d'une double d&#233;faite. La condition paysanne italienne a de gros probl&#232;mes. L'Italie n'a jamais eu une bonne politique agricole. Hitler en avait une. Il avait donn&#233; une carte d'identit&#233; aux paysans qui travaillaient dans la campagne et leur donnait des privil&#232;ges au point qu'une partie de la population d&#233;sirait abandonner la ville pour la campagne. Mais il fallait pouvoir t&#233;moigner de vingt ans de r&#233;sidence &#224; la campagne. Chez nous, jamais. Je parle de la campagne italienne, de la pampa, de la meseta, de la pusta.&lt;BR/:&gt; Vous &#234;tes des privil&#233;gi&#233;s. La Normandie est une grande r&#233;gion, avec une agriculture, des paysages, des routes, des arbres, une campagne qui disent l'abondance. Si nous consid&#233;rons le pouvoir, le bien-&#234;tre de la condition, Jean-Loup Trassard se distingue de Camon.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;C.-J Launay conclut : Voil&#224; une r&#233;ponse d'une richesse telle qu'elle a certainement r&#233;pondu &#224; toutes les questions que vous auriez pu poser.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>En T&#234;te</title>
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		<dc:date>2009-02-19T13:47:22Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jacques</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Je suis rest&#233; longtemps &quot;sid&#233;r&#233;&quot; par la lecture de Fabrice Virgili sur la France virile et les femmes tondues &#224; la Lib&#233;ration&quot;. &quot;En T&#234;te&quot; est n&#233; de cet effarement.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://colporteur.mathien.net/spip.php?rubrique9" rel="directory"&gt;04. CHANTIERS&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En - t&#234;te&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ne te retourne pas Maman. Ne te retourne pas maintenant, il est trop t&#244;t. Mais dis enfin quelque chose. Parle. Je n'en peux plus de ce silence. Je n'en veux plus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Autrefois, Je me rappelle que tu &#233;voquais souvent mon enfance avec ses premiers mots et ses premiers pas. Aujourd'hui, tu le fais encore quelquefois devant les rares amies qui te restent et tout cela me g&#234;ne terriblement. A quoi penses tu ? Peut-&#234;tre, aussi bien, te poses-tu les m&#234;mes questions que moi, puisque de mon c&#244;t&#233; je ne me d&#233;cide pas &#224; ouvrir la bouche. Je me souviens qu'enfant j'avais toutes les peines du monde &#224; d&#233;buter une r&#233;daction. J'avais d&#233;j&#224; ce sentiment que le premier mot pos&#233;, la premi&#232;re pierre en quelque sorte, tout l'&#233;difice se tenait dedans. Impossible de revenir en arri&#232;re. Le pr&#233;sent n'existe pas sans le pass&#233; et le premier mot &#233;crit, l'histoire s'encha&#238;ne, se d&#233;cha&#238;ne sans qu'on ne puisse plus rien contr&#244;ler. Aussi je me tiens l&#224; sans prof&#233;rer un son auquel tu t'accrocherais imm&#233;diatement pour d&#233;vider tes histoires rebattues, rab&#226;ch&#233;es, pour &#233;grainer tes radotages. Ce ne sont pas des cailloux blancs que tu s&#232;merais sur cette route, mais des coups et des blessures. Ceux que tu as donn&#233;s, ceux que tu as re&#231;us...&lt;br:/&gt;
Appuies-toi sur mon bras. Profite encore un peu de ce que je sois l&#224;. Je suis le garde-fou, la main courante, le b&#226;ton de vieillesse. Aujourd'hui, je suis aussi le boomerang, celui qui revient vers le bras qui l'a propuls&#233;. Je suis pour toute cette journ&#233;e au moins, pour toute la journ&#233;e, avec toi, &#224; tes c&#244;t&#233;s. Mais je crois bien que je m'attendris plus sur mon sort que sur le tien. Je souris &#224; l'enfant que j'&#233;tais, qui reposait au creux de ton &#233;paule sur cette photo de famille o&#249; je suis affubl&#233; d'un bonnet blanc de laine. Je suis dans les bras d'une jeune femme que je ne reconnais pas. Tu avais alors tout juste vingt ans. Maintenant ta main tremble sur mon bras et ton pied est si mal assur&#233;.... Il est vrai que la vie n'a pas manqu&#233; de te faire tr&#233;bucher.&lt;br:/&gt;
&lt;span class='spip_document_46 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt; &lt;a href=&quot;http://colporteur.mathien.net/IMG/jpg_voiture2.jpg&quot; title=&quot;JPEG - 42.7 ko&quot;&gt; &lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L300xH205/jpg_voiture2-dcf40.jpg&quot; width='300' height='205' alt=&quot;JPEG - 42.7 ko&quot; style='height:205px;width:300px;' /&gt; &lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Doucement. Avance doucement. Plus rien ne nous presse - ni personne. Marche &#224; ton rythme, comme si tu &#233;tais dans ta cuisine, parcourant &#224; pas mesur&#233;s l'espace entre la chemin&#233;e et l'&#233;vier ou revenant vers la chaise coll&#233;e dans l'embrasure de la fen&#234;tre. Tu es dans ta demeure une sorte de sentinelle, gardienne des jours qui veille sur le temps. Immobile. Je pense immobile avec sentinelle car je te vois fig&#233;e, erratique, figure embl&#233;matique de la dur&#233;e. Tu es le contraire du remuement. Ton activit&#233; tout le long du jour se concentre dans tes yeux...qui suivent quelque part le cheminement des nuages. Il est vrai qu'au dessus de nos t&#234;tes, le ciel est aujourd'hui d&#233;sesp&#233;r&#233;ment vide, comme est vide le chemin, comme ma t&#234;te...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai mal. J'ai l'impression qu'une temp&#234;te m'habite, qu'une tornade accompagn&#233;e d'&#233;clairs agite mon cerveau. Je voudrais tant que tu parles Maman avant que ne me reviennent ces images lancinantes. Je n'en peux plus de ce silence, je n'en veux plus. Appuies-toi sur mon bras et h&#226;tes-toi car je les entends l&#224; derri&#232;re, qui s'agitent, qui s'extirpent enfin de leur stupeur ! Ah ! ils ne sont pas pr&#234;ts d'oublier leur grande f&#234;te comm&#233;morative de la Lib&#233;ration... Dieu que cette t&#234;te me fait mal et tout ce vacarme derri&#232;re nous. Mais voil&#224; que tu parles &#224; pr&#233;sent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; &quot; Plus rien ne nous presse maintenant mon petit Jean....Dans quelques instants ils seront sur nos pas, ils nous rattraperont, forc&#233;ment. Non, ne te retourne pas, continuons d'avancer. Continuons. Voil&#224; cinquante ans que je continue, sans jamais me retourner. Ce qui est s&#251;r, c'est que Louis Legris et Marcel Jubin ne nous rejoindront pas. Ta main n'a pas trembl&#233; quand je t'ai donn&#233; le revolver de ton p&#232;re...&lt;br:/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; &quot; Pourquoi criais-tu : &quot; La t&#234;te, vise la t&#234;te... &quot;&lt;br:/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; &quot; C'est une histoire que je t'ai d&#233;j&#224; racont&#233;e cent fois. Il y a aujourd'hui tout juste cinquante ans, Legris et Jubin se tenaient devant moi, Jubin brandissait un miroir dans une main, de l'autre il m'enserrait le cou. Legris riait et actionnait encore dans le vide la tondeuse dont il venait de se servir. Et jubin hurlait : &quot; Regarde-toi la Marie, allez vise un peu ta t&#234;te... &quot;. C'&#233;tait l&#224;, derri&#232;re nous, sur la place de l'&#233;glise. Tu &#233;tais l&#224;, toi aussi dans une poussette. Ils m'avaient oblig&#233; &#224; t'amener avec moi. Ils disaient qu'ils voulaient voir l'enfant du crime. Quand ils en ont eu assez de m'exhiber devant une dizaine d'abrutis qui r&#233;clamaient la grande lessive, l'&#233;puration, ils nous ont laiss&#233; repartir sur cette m&#234;me route. Legris et Jubin nous ont fait escorte jusqu'&#224; la porte de la maison o&#249; se terraient tes grands-parents. Mon p&#232;re est sorti sur le seuil. Quand il m'a vue ainsi il s'est mis &#224; trembler de tout son grand corps. Aux deux qui &#233;taient l&#224; il a dit : &quot; Partez maintenant... &quot;. Ils n'ont pas insist&#233;. Ton grand-p&#232;re a fait alors quelque chose d'admirable et d'insupportable &#224; la fois ; il s'est ras&#233; les cheveux. Il voulait partager l'humiliation que le village m'imposait. Chaque jour qui a suivi il s'est arrang&#233; pour devoir traverser la place du village sans chapeau ni casquette, cherchant au fond des yeux des gens un regret, un &#233;clair de remord, un reste d'humanit&#233;, un geste, rien qu'un geste. Personne, jamais, n'est venu vers lui. Nos cheveux ont repouss&#233; mais nous n'avons pas oubli&#233;. Attends, ralentis un peu ton pas que je souffle....&lt;br:/&gt;
&quot; Ils viennent, ils seront l&#224;...&lt;br:/&gt;
&quot; J'ai gard&#233;, je l'ai l&#224; dans mon sac, la photo qui a &#233;t&#233; prise par le journaliste du &quot; Pays Bocager &quot;, ce 4 ao&#251;t 1944. Ils sont tous autour de moi, hilares. Legris, Jubin, Duvernois et tous les autres...&lt;br:/&gt;
&quot; Ils approchent...&lt;br:/&gt;
&quot; Des ombres. Il faut dissiper les ombres de la m&#233;moire mon petit jean. Tiens, j'ai remis deux balles dans le chargeur. Ne te retourne pas mon petit. Pas maintenant, il est trop t&#244;t. Seulement quand ils seront l&#224;.&lt;br:/&gt;
Vise alors la t&#234;te. &lt;br:/&gt;
Eclate leur la t&#234;te !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>45. Au poste de commandement</title>
		<link>http://colporteur.mathien.net/spip.php?article32</link>
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		<dc:date>2009-02-11T13:48:14Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jacques</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Texte de Paul Lintier publi&#233; dans &#171; Les Journ&#233;es de MCMXVIII, Recueil d'art et de litt&#233;rature &#187; Avril 1918&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://colporteur.mathien.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;Paul Michel LINTIER&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s trois mois d'immobilit&#233; absolue et presque de silence, face &#224; face &lt;span class='spip_document_38 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt; &lt;a href=&quot;http://colporteur.mathien.net/IMG/jpg_Couverture300.jpg&quot; title=&quot;JPEG - 33.9 ko&quot;&gt; &lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L197xH300/jpg_Couverture300-9c072.jpg&quot; width='197' height='300' alt=&quot;JPEG - 33.9 ko&quot; style='height:300px;width:197px;' /&gt; &lt;/a&gt; &lt;/span&gt;avec l'ennemi, la batterie accompagnant les r&#233;giments de ligne qu'elle soutenait depuis le d&#233;but de la campagne, changeait de position, Tandis que, sous l'&#339;il du lieutenant en premier, les quatre pi&#232;ces s',installaient Sur un champ nu, o&#249; les bivouacs du train des &#233;quipages avaient laiss&#233; une vraie gale de crottin et de d&#233;tritus, le capitaine, son trompette et le brigadier de tir s'&#233;loignaient &#224; cheval, vers l'avant, &#224; la recherche d'un poste d'observation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A l'or&#233;e d'un taillis, ils firent halte. Le lieu &#233;tait commode et discret. La jumelle aux yeux, le capitaine prit tout de suite possession des lignes, des d&#233;filements, des cheminements de ce paysage qui s'offrait &#224; lui, et que l'ennemi occupait en force. &lt;br:/&gt;
Pendant que le trompette, rest&#233; sous bois, tenait les chevaux, le brigadier &#233;tablissait le t&#233;l&#233;phone de campagne derri&#232;re un &#233;pais buisson de ronces et de viornes. Mais bien que l'appareil fut en parfait &#233;tat, - un &#233;lectricien du g&#233;nie s'en &#233;tait assur&#233; le matin m&#234;me, - il avait beau siffler dans le transmetteur et r&#233;p&#233;ter la formule sacramentelle : &#171; Ici, poste d'observation, &#233;coutez ! &#187;, aucun son ne lui arrivait du poste de commandement du lieutenant, &#224; l'autre bout du fil. Il enrageait, se doutant bien de la cause du mal : la s&#233;cheresse absolue du sol utilis&#233; comme voie de retour d'&#233;lectricit&#233;. Quelques gouttes d'eau au pied de la fiche de terre eussent certainement suffi pour que le courant s'&#233;tabl&#238;t.&lt;br:/&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le capitaine r&#233;p&#233;tait pour la troisi&#232;me fois :&lt;br:/&gt; &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Allons, pressez-vous. Je vois un groupe de travailleurs allemands sur la cote 52. &lt;br:/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Vous n'auriez pas un peu d'eau dans votre bidon, mon capitaine, demanda le brigadier. Je n'en ai plus et la terre est s&#232;che comme de l'amadou ! &#199;a ne marche pas. &lt;br:/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Non, ma foi ! Vous &#234;tes empot&#233; ... Pissez sur la fiche de terre ! &lt;br:/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; C'est que, mon capitaine, je n'en ai pas envie !&lt;br:/&gt; &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Mais, moi non plus !&lt;br:/&gt;
Le capitaine r&#233;fl&#233;chit. Dans la campagne br&#251;l&#233;e d'alentour, on ne trouvait ni source ni ruisseau.&lt;br:/&gt; &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Allez me chercher le trompette, dit-il au brigadier. Qu'il attache les chevaux &#224; un arbre et qu'il vienne au trot ! &lt;br:/&gt;
Tout de suite le trompette f&#251;t l&#224;, au garde &#224; vous, pr&#232;s du t&#233;l&#233;phone. &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Pissez sur la fiche de terre, commanda le capitaine. L'homme essaya, par complaisance, ne se sentant aucun besoin. Apr&#232;s de vains efforts, il dut avouer qu'il ne pouvait pas. Le t&#233;l&#233;phone demeurait inutile. L&#224;-bas, les pionniers allemands travaillaient. Le capitaine les voyait par moment rouler des troncs de sapins dans une tranch&#233;e. La n&#233;cessit&#233; d'ouvrir le feu sans retard lui sugg&#233;ra l'id&#233;e d'une ressource supr&#234;me.&lt;br:/&gt; &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Allez me chercher les chevaux, dit-il au trompette. Et au galop !&lt;br:/&gt; En h&#226;te, le trompette amena les trois chevaux. &lt;br:/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Vous passez pour d&#233;brouillard, d&#233;clara le capitaine. Savez-vous siffler les chevaux pour les faire uriner ?&lt;br:/&gt; &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Oui mon capitaine. Au quartier, l'adjudant me faisait. Siffler sa jument tous les matins en rentrant du polygone. &lt;br:/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Alors, allez-y !&lt;br:/&gt; Le trompette fit entendre un sifflement modul&#233;. Anxieusement le capitaine et le brigadier &#233;piaient les chevaux. Mais ils demeuraient obstin&#233;ment immobiles, sans m&#234;me une impatience des oreilles. Le trompette s'essoufflait. Il essaya de prendre &#224; part sa monture, une ancienne jument blanche dont la robe pass&#233;e au permanganate prenait, sous le soleil et la pluie, d'innommables teintes pisseuses. Il la flatta de la main et de la voix, lui caressa l'encolure. Rien n'y fit. Le capitaine se f&#226;cha :&lt;br:/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Vous n'&#234;tes bon &#224; rien, dit-il. Laissez-moi faire.&lt;br:/&gt; II prit la place du trompette et siffla il son tour. Il ne r&#233;ussit pas mieux. D&#233;courag&#233;, il grogna :&lt;br:/&gt; &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Ils ne veulent rien savoir ces chameaux-l&#224; !&lt;br:/&gt; Il allait rendre les r&#234;nes au trompette quand le commandant, qui s'impatientait &#224; la position de batterie, survint. Le premier, le brigadier l'aper&#231;ut, arrivant &#224; travers bois. &lt;br:/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Mon commandant, est-ce que ...&lt;br:/&gt; Il n'osa pas achever. Mais, comme le commandant articulait : &lt;br:/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Ah &#231;a ! capitaine, qu'est-ce que vous foutez ?&lt;br:/&gt;
Le capitaine l'interrompit : &lt;br:/&gt;
Mon commandant ! Mon commandant ! Voulez-vous pisser sur la fiche de terre, s'il vous plait ! &lt;br:/&gt;
De bonne gr&#226;ce, le commandant s'ex&#233;cuta. Tout de suite, dans le sol humect&#233;, le courant s'&#233;tablit. &lt;br:/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://colporteur.mathien.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Vous nous sauvez, dit encore le capitaine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Paul LINTIER.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Texte mis en ligne gr&#226;ce &#224; l'aimable collaboration de D. Rh&#233;ty&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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