Un territoire intime : LA MAYENNE

dimanche 1er février 2009
par Jacques
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Les livres de J.L.T. prouvent que son intérêt constant et ce qui inscrit de tels ouvrages dans la littérature, c’est d’abord le travail d’écriture, un jeu à trois entre l’écrivain, la langue et le lecteur. Mais ce maniement dans la langue écrite, au cours duquel rivalisent plaisir et difficulté, ne s’exerce pas à vide : dès l’origine J.L.T. a essayé d’exprimer sa passion pour la campagne autour de sa maison natale, notre bocage mayennais. Par la suite, cette campagne est toujours restée son sujet principal.

Dans les nouvelles, les souvenirs et les romans de J.L.T., partout se trouvent en effet des plantes, oiseaux, animaux, fermes, travaux agricoles et artisanats qui sont ceux de notre région, baignant dans les saisons offertes par le climat mayennais. Ainsi voyons-nous au travers de cette œuvre en cours se dessiner un tableau de la vie rurale, agricole et artisanale au XXe siècle. Tableau incomplet, parce qu’il ne comporte pas de volet social, chez J.L.T. l’homme n’apparaît le plus souvent que de façon indirecte, comme regard, ou main, ou action même, mais peu comme caractère.

Les thèmes les plus aisément repérables sont les suivants : le paysage (chemins, ruisseaux, haies, étangs), les saisons, la nature (corbeaux, plantes médicinales, lierre, forêt, gibier), les métiers (taupier, puisatier, sabotier, charbonnier), les fermes (bâtiments, outils, objets utiles, charrettes), les travaux agricoles (foin, moisson, labour), les vaches, les chevaux de labour et enfin le patois. Mais ce ne sont là, par exemple, que les sujets développés, les livres fourmillent de détails qui racontent cette campagne du nord-ouest de la Mayenne.

Quant à la forme prise par ces évocations, trois modes d’approche peuvent être suivis. D’une part la fiction : nouvelle, récit, roman, où l’histoire inventée se situe toujours dans un milieu vrai. D’autre part ce que J.L.T. qualifie de veine "ethno-poétique", manifestée dans les livres que publie Le temps qu’il fait, où une précision ethnographique se marie (en souriant) à un point de vue poétique, par exemple sur un outil ou un objet usuel. Enfin quelques textes publiés parmi les nouvelles (sur les chemins, les ruisseaux, les vaches, les haies) semblent se situer entre ces deux approches parce que purement poétiques, quoique portés par la prose.

Parfois elles sont accrochées, horizontales et énigmatiques, derrière un bâtiment, contre un mur extérieur, comme si la ferme s’enfuyait dans le temps son échelle sur le dos. "J’n’ai bin trente échelles de faites..." avait dit un homme capable qui ne s’estimait pas à sa dernière échelle, ignorant que c’en était fini des fermes et des échelles".
" Archéologie des feux "

En Mayenne, nous disons le russia ou le russiau (prononcé russiao). Il s’agit particulièrement d’un ruisseau que j’écoute depuis plus de quarante ans. Où buvait La Rouge qui me donnait son lait.
"Des cours d’eau peu considérables"

Le sombre lierre ne craint ni froid ni ombre qui grimpe aux troncs dès qu’il peut agriffer l’écorce, corps poilu à reptation lente, juste un toucher d’abord puis au fil des années une étreinte puissante.
"Dormance"

JPEG - 86.7 ko A l’étable elles acceptent d’être touchées, mais dans les prairies elles se retirent avant que je ne pose ma main sur la chaleur des cornes. Notre verticalité est ce qui inquiète les pâtureuses. Si je m’étends sur l’herbe elles m’entourent, s’approchent peu à peu, mufles roses presque à toucher – mon visage ne craint pas la bave – je respire dans leur souffle chaud. Sous l’immense ventre blanc, émouvante région fragile toujours blanche, me re-vient que j’aimais jouer jadis entre les quatre pattes d’une table. Tout contre les bêtes, vêtu de leur poil quotidien, serré par elles plus près leur langue – je l’attends – sur ma joue, entre l’épaisseur de nos cuirs à tâtons, muet ou presque par sonorités que je forme du fond de gorge sourdes pour assurer leurs yeux un peu exorbités, lentement, je remonte du lait le fleuve, jusqu’à la nuit.
"Nous sommes le sang de cette génisse "


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