Vie Littéraire

dimanche 1er février 2009
par Jacques
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Une entrée en littérature "d’une merveilleuse simplicité"

L’intérêt de J.L.T. pour l’écriture est née de l’attention portée, avec sa mère, au texte et à l’illustration de ses livres d’enfants. A l’adolescence, il s’est tourné vers une poésie en vers libres. Après la naissance de son fils, il a voulu lui raconter des histoires puis les écrire, de là il est rapidement passé à de brefs récits destinés aux adultes.

En s’appuyant sur une vocation déjà ancienne, J.L.T. a eu l’audace d’envoyer ses premiers écrits à Jean Paulhan, directeur de la Nouvelle Revue Française chez Gallimard. En deux ou trois échanges de lettres, celui-ci l’a invité à la N.R.F. en février 1959 et présenté à Georges Lambrichs, directeur littéraire d’une petite collection, "Jeune prose", où J.L.T. publiera en 1961 L’amitié des abeilles, sept brèves nouvelles.

"Donc, avec foi déterminée, innocence par manque de culture et sans doute un peu de chance, c’est une entrée en littérature d’une merveilleuse simplicité".

Gallimard et Georges Lambrichs

J.L.T. publie des récits à la N.R.F. en juillet 1960 et février 1961. Puis, dans la collection "Le Chemin" récemment créée par G. Lambrichs, L’érosion intérieure en 1965. Suivront dans cette collection trois recueils de récits : Paroles de laine (1969), L’ancolie (1975), Des cours d’eau peu considérables (1981).

J.L. Trassard devient l’ami de G. Lambrichs et près de lui rencontre les auteurs de la collection : Butor, Perros, Borel, Le Clézio dont le cercle s’agrandit joyeusement. Avec lui il participe, entre 1968 et 1977 au lancement et à la continuité d’une revue créée par G. Lambrichs, "Les Cahiers du Chemin". Il y publie quinze fois sur trente numéros.

En 1977, G. Lambrichs met fin aux "Cahiers du Chemin" quand la maison Gallimard lui propose la direction de la N.R.F., revue pour laquelle il se passionnera jusqu’à sa retraite en 1987.
J.L.T. le suit dans cette nouvelle aventure, publiant au premier sommaire (n° 296), puis dans de nombreux numéros (29) et enfin dans le dernier (414) pour lequel il a lui-même battu le rappel de textes en hommage à l’ami qui achevait sa carrière littéraire.

Parallèlement, J.L.T. continue à publier chez Gallimard, mais Tardifs instantanés (1987) passe dans la collection blanche, sous la célèbre couverture de la N.R.F., où suivront Campagnes de Russie (1990) après un périple en vélo en Russie, L’espace antérieur (1993), Nous sommes le sang de cette génisse (1995), Dormance (2000) et La déménagerie (2004).
Avec ces deux derniers ouvrages, J.L.T., qui a publié auparavant sept recueils de nouvelles, aborde le roman.

Le Temps qu’il fait et Georges Monti

En 1980, J.L.T. rencontre au Salon du Livre de Paris Georges Monti qui fonde les éditions "Le Temps qu’il fait" et lui offre de publier un livre avec des photos.
Ainsi paraît en 1981 la première édition de l’Inventaire des outils à main dans une ferme.
C’est aussi le début d’une amitié durable avec G. Monti. L’éditeur-imprimeur qui prend goût au dialogue entre textes et photographies, publie plusieurs livres de J.L.T. sous des couvertures semblables et finit par faire entrer d’autres auteurs photographes dans cet ensemble devenu collection.

Entre les années 1967 et 1976, J.L.T. a participé aux déjeuners du Chemin qui, chaque mercredi, réunissaient chez Georges et Gilberte Lambrichs ceux des auteurs de la collection qui pouvaient se rendre libres et quelques fois Claude Gallimard, PDG de la maison Gallimard. Il n’y avait aucune ligne directrice dans la collection « Le Chemin », G. Lambrichs se voulait "œcuménique", mais les lectures croisées, les contacts, parfois des amitiés qui commençaient là, rompaient l’isolement de chaque auteur devant la page blanche et représentaient un soutien.

De 1983 à 1989, J.L.T. a été cofondateur et trésorier d’une association inventée par Paul Otchakovsky-Laurens (l’éditeur P.O.L.), l’ADILC : Association pour la Défense et l’Illustration de la Littérature Contemporaine – qui a organisé des lectures publiques (en librairies, bibliothèques, etc) à Paris ou en province. Association présidée par Michel Chaillou, puis par Michel Deguy.

J.L.T. a proposé au maire de St Hilaire du Maine un projet de livre à écrire collectivement pour conserver la mémoire de la « civilisation rurale ». Ainsi est née en 2001 l’association « Mémoire rurale au Pays de l’Ernée » qui prépare un ouvra-ge d’ethnologie (agriculture, élevage, artisanat, petits mé-tiers, commerce et coutumes) et a d’autres projets : sentiers de découverte, programme scolaire, etc…
Le but étant aussi de trans-mettre, de montrer à la jeunesse d’aujourd’hui, qui ne sait pas très bien où elle va, en quelque sorte d’où elle vient. Au seuil d’un monde nouveau, de faire sonner encore les valeurs qui furent les nôtres sans dissimuler pour autant ce qu’il y avait de dur dans la vie des campagnes.

Blé moulu, beurre, laitages caillés, pommes juteuses, farine des châtaignes, légumes emplis de sève, jaune couchant des œufs pris au nid, miel brun, sa-live sucrée des trèfles et des tilleuls… je sais, et sens avec plaisir, que la terre me constitue autant qu’elle constitue les arbres qui enfoncent leurs racines autour de la chambre où je suis né et les bêtes avec qui, sur les branches et jusqu’au fond des terriers, je partage cette parenté.
" Nous sommes le sang de cette génisse "

La ferme qui me cachait maintenant est en moi, assiégée d’oubli plus qu’autrefois par le vent. Je m’efforce de conserver un peu de sa chaleur, de son ombre. Les abat-foin, les trappes, les portes basses, en moi s’ouvrent encore. Mais n’y passe que le souvenir, un fil, que le rouet de la mémoire use.
" Paroles de laine "


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